vendredi 24 juillet 2015

Vidéo 3 | Retranscription partie 1/3

















3e vidéo d'Adeline Gardinier sur le thème de la recrudescence des symptômes dans les débuts de la guérison. Adeline Gardinier (psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialiste des thérapies familiales et systémiques) est également auteur du livre "Aider le patient à sortir de la crise, le patient est un soignant qui s'ignore" édité chez De Boeck.


Bonjour, je vous retrouve pour aborder un nouveau chapitre sur les propriétés étonnantes du symptôme. Je vous propose dans cette séquence de poursuivre l’exploration fascinante sur l’essence de la souffrance.

Petit rappel sur l’utilité thérapeutique du symptôme.

Dans la vidéo précédente « La guérison est dans le symptôme », l’accent avait été mis sur l’utilité thérapeutique de nos maux. Au travers de quelques exemples, nous avions pu constater la manière dont le trouble revêtait les caractéristiques nécessaires à l’avancement. Sa nature et son intensité aménagent, en effet, un nouveau cadre de vie bouleversant les habitudes fonctionnelles d’un sujet. De manière fascinante, la spécificité du trouble semble répondre au problème singulier traité. Ainsi, telle dépression aide le souffrant à ralentir un rythme effréné, telle phobie éloigne de dynamiques relationnelles inadaptées, telle somatisation réveille des traumas refoulés devant être abréagis, tel accident freine un processus d’individuation trop rapide, tel délire est un élan de protection individuelle sans dénonciation groupale, etc. Cette énumération est trop schématisée pour qu’elle puisse suffisamment vous parler. Je vous conseille de regarder mes vidéos et d’aller sur mon blog : http://adeline-gardinier.blogspot.fr/ afin d’approfondir ce sujet troublant du trouble ! Ainsi, chaque prise en charge ne déroge pas à cette règle passionnante. Le symptôme détient en son cœur la solution. Ce constat surprenant et positif doit être le plus largement transmis aux soignants et aux patients. Il permet une appréhension plus pertinente du symptôme. Il entrave ainsi beaucoup de découragements et il aide à la prise en compte d’informations signifiantes dans le dégagement d’une problématique. Il existe également une autre règle paradoxale et encourageante du symptôme à connaître afin d’avancer. Nous allons particulièrement nous y attarder dans ce chapitre. Il s’agit de la recrudescence des troubles dans le début de leur résolution. 

Le symptôme porteur d’une souffrance groupale.

Le handicap est là, dans une logique systémique, pour nous alarmer sur notre difficulté à nous différencier de nos systèmes d’appartenance. Pour des raisons historiques et traumatiques diverses, le souffrant n’est pas toujours dans la bonne distance émotionnelle et dans la bonne dynamique relationnelle avec les autres. Les résonances d’une histoire groupale, voire transgénérationnelle, s’expriment dans des difficultés d’adaptation et d’individuation. Le symptôme est alors le révélateur et la clé pour défaire ces dysfonctionnements parfois très paralysants. Le symptôme aide, malgré sa dimension contraignante, à rétablir un bon équilibre entre autonomie et appartenance à ses pairs. Le sujet a autant besoin d’être affilié à ses systèmes que de se dégager de leurs douleurs groupales non résolues. Finalement, le bonheur réside dans cette capacité à s’identifier à des valeurs d’appartenance fonctionnelles et à se défaire des mythes et des règles collectives dysfonctionnelles. L’expression personnelle se situe au carrefour de ces choix de dépendances. Le symptôme aide à réaliser ce défi bienheureux ! Il aide à sortir d’interactions, de pensées, de croyances, de comportements exagérés à l’intérieur de ses systèmes. Il ouvre à une nuance de bien-vivre là où le trauma antérieur avait introduit l’excès et le débordement. Sous ses apparences douloureuses, voire dangereuses, il est parfois bien difficile d’approcher cette réalité bienveillante de la souffrance. Pourtant, c’est un fait, depuis quinze ans, je rencontre des personnes qui confortent, par leur expérience propre, ces dires. Ils me témoignent la manière dont leur grave maladie les a fait grandir et exister ! 

Il n’est de paradoxal que ce qui est dénié de traumatique ! 

Il est également bien difficile d’intégrer que la guérison passe par un accroissement des troubles dans les débuts de l’avancement ! Tous ces paradoxes semblent surprenants parce qu’ils ne font pas partie de notre logique commune de pensées. Pourtant, ils ne font que refléter des observations cliniques bien réelles ! Ces évidences symptomatiques, non vues, proviendraient-elles alors de notre rigidité à reconnaître les traumas passés, les dysfonctionnements groupaux par trop grande loyauté d’appartenance ? Quand les souffrants travaillent ce lien entre douleur individuelle et mythe collectif parasitant, ils s’aperçoivent rapidement de leur étroite association. La peur et l’attitude sacrificielle semblent être à l’origine de cette ignorance universelle. Le sujet éprouve de grandes difficultés à élaborer des souffrances psychiques passées toujours résonantes. Il préfère les refouler par crainte de nuire à ces groupes d’appartenance d’où il les tient. Même lorsque le symptôme oblige à un remaniement des codes fonctionnels, ils peuvent invoquer la souffrance pour justifier ce changement individuel. Cela évite ainsi une remise en cause de leur valeur et de leur histoire collective profonde. Donc, le symptôme force le sujet à établir des repères adaptés que celui-ci ne parvient pas à mettre en place volontairement. Dans cette optique, il est compréhensible que le trouble mobilise des résistances au changement signifiantes. Sa charge contraignante, constituant son essence, redouble alors sous le poids de cette force d’opposition au changement. 

Recrudescence première et logique du mal.

Ainsi, dans les débuts de l’avancement, la nouvelle dynamique engagée par l’effet salvateur du symptôme, crée du non-familier. Ce non-familier est d’autant plus complexe à assimiler qu’il est par définition imposé par la douleur. Bref, la nouveauté inscrit au summum de son intensité la douleur. La force d’inertie est, en effet, maximale lors des premiers temps de la transformation. Elle ne s’estompera qu’au fil de l’adaptation aux nouveaux codes. 

Donc, au départ, nous constatons l’apparition du symptôme condensant en son cœur une tension signifiante. C’est la tension née des inadaptations croissantes saturant la vie du sujet. 

Dans un 2e temps, la souffrance s’accentue car le symptôme amplifie sa charge contraignante. En effet, le cadre nouveau imposé par le handicap crée des résistances au changement. Cette tension d’adaptation se greffe alors à la tension du symptôme. Dans les premiers temps d’assimilation des nouveaux codes fonctionnels, le stress est optimal. Il ne diminuera que très doucement par intégration progressive des données entrantes. 

Donc le 3e temps correspond à cette phase de familiarisation graduelle au changement. La tension baisse au fil du conditionnement aux nouvelles règles imposées par le symptôme. Dans le dernier temps, on voit le trouble disparaître car son existence n’a plus de raison d’être. Le sujet s’est totalement ajusté aux codes de vie dictés par le symptôme. Il les respecte naturellement. Il n’a donc plus besoin d’être contraint par ses maux pour préserver le bon cadre fonctionnel. Le symptôme peut alors s’effacer.

La suite (partie 2/3) la semaine prochaine..

samedi 18 juillet 2015

La logique paradoxale de l'avancement

3e vidéo d'Adeline Gardinier sur le thème de la recrudescence des symptômes dans les débuts de la guérison.

Adeline Gardinier (psychologue clinicienne et psychothérapeute, spécialiste des thérapies familiales et systémiques) est également auteur du livre "Aider le patient à sortir de la crise, le patient est un soignant qui s'ignore" édité chez De Boeck.


samedi 30 mai 2015

La guérison est dans le symptôme 3/3 Retranscription vidéo entretien

















Cet article correspond à la troisième et dernière partie de la retranscription texte de la vidéo "La guérison est dans le symptôme" publiée le 1er mai 2015.

Les bienfaits protecteurs de la phobie relationnelle
Dans la phobie relationnelle, l’utilité du trouble est d’obliger le souffrant à se mettre davantage à distance d’autrui. Le sujet porte trop la souffrance et les responsabilités de ses pairs. Pour exemple, lors du suicide de son père, une jeune fille développa des phobies sociales. Ce symptôme l’aida à se désengager d’une position trop étayante et trop enchevêtrée aux soucis de son entourage. Elle avait écouté et soutenu pendant des années un père dépressif.

Lors de son décès, elle satura d’une conduite non assez individualisée et inefficace. L’ampleur de la distanciation, exprimée par la phobie, est extrême mais logique. Elle est à la hauteur du trop grand manque d’émancipation psychique du sujet par rapport à ses liens périphériques.

Les secrets structurants de la phobie d’impulsion
Dans la phobie d’impulsion qui est une peur d’agresser, on retrouve cette même fonction utile du symptôme. Il s’agit de s’éloigner de relations étouffantes et par conséquent dangereuses. Pour exemple, une mère était complètement décontenancée par cette peur de tuer ses enfants. Elle adorait tant ses enfants. Pourtant, sa dynamique à les surprotéger, en raison d’événements insécurisants vécus, l’avait cantonné à une place exclusive de parent pendant de nombreuses années. Le symptôme l’obligeait à rétablir la bonne distance afin de ne pas être annihilée par son rôle maternel. Seule une peur extrême pouvait la dissuader de s’écarter de ses petits : la peur de leur faire du mal. Nous voyons comment la gravité du symptôme est en lien avec la rigidité des repères dysfonctionnels.

Des reviviscences libératrices
Autre exemple signifiants, les réveils traumatiques-les flashs et les zones de somatisation associés aux traumas. Ces troubles obligent à l’élaboration d’un vécu douloureux refoulé par sa victime. Celui-ci, de par sa nature trop sacrificielle, tait et fuit ses ressentis personnels. Il a peur de déranger et de nuire aux autres s’il se laisse aller à ses éprouvés dépressifs. Le symptôme de reviviscence l’oblige à se protéger narcissiquement en se recentrant sur lui et en libérant son mal.

Des accidents non hasardeux
Que penser également des accidents domestiques ou de transport ou de la vie quotidienne ? Ne seraient-ils pas eux aussi des symptômes révélant un manque d’individuation ? Ils apparaissent curieusement là où le sujet a des difficultés à s’autonomiser et à se départir de problèmes relationnels.

Ainsi, je me souviens de cette mère qui avait eu un accident de voiture le jour où elle alla passer son concours d’aide-soignante. Elle culpabilisait de se désengager de son rôle de femme au foyer s’occupant de ses quatre enfants et assistant ses parents depuis tellement longtemps. Cet acte d’émancipation ne pouvait s’opérer que dans la maladresse et la résistance. Le symptôme rappelait la nécessité d’effectuer la transformation progressivement pour qu’elle soit assumée. L’accident exprimait le besoin d’un rythme plus modéré dans l’intégration de cette individuation positive.

Et bien d’autres paradoxes et symptômes thérapeutiques !
J’aurais tellement encore à vous dire sur la fonction structurante des délires, des hallucinations ou des actes manqués. Mais je trouve plus intéressant de vous laisser réfléchir à leur valeur structurante et évolutive dans la vie du sujet.

Je suis sûre que vous ne tarderez pas à découvrir leur intention bienveillante derrière leur caractère contraignant voire quelquefois dangereux !