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mercredi 13 septembre 2017

Faire du Mental un allié pour accéder au bien-être




Capsule Vidéo Youtube ajoutée le 13 Septembre 2017


Pourquoi sommes nous si fâchés avec notre Mental ? Il semble que beaucoup d'êtres éclairés et sensibles pensent que leur Mental entrave l'accès au bonheur, à la vérité et à l'amour.

Certes, notre Mental peut biaiser certaines données existentielles quand il est parasité par des peurs. Toutefois, lorsqu'il n'est pas dirigé par un Ego "faisant du zèle", il est un excellent outil d'adaptation à cette tridimensionnalité. 

L' Ego est, en effet, cet enfant intérieur et émotionnel chargé de véhiculer notre "belle âme". Il a toute son importance dans l'expression de notre "essence divine" sur cette terre. Toutefois, lorsque l'Ego est malmené par divers traumas du passé non digérés, il peut influencer le Mental de façon dysfonctionnelle. Ainsi, l'Ego développe certaines modalités défensives excessives conduisant le Mental à adhérer à certaines règles, croyances rigides et pas d'autres...

Le Mental perd alors sa souplesse à analyser les situations en fonction de leur singularité et de leur exhaustivité.

Contrôlé par un Ego apeuré, le Mental fonctionne en "système fermé" dans une étroitesse d'Esprit, dans une incapacité à faire une synthèse pertinente. Lorsque la systémique met en relief concrètement la manière dont la dualité n'est qu'illusion, alors le Mental n'a plus peur. Celui-ci ne vient plus déformer les belles vérités du cœur. Faire du Mental un allié, c'est supprimer beaucoup d'obstacles à l'expression de notre essence première. 

La clé est donc dans l'élaboration des problématiques pour dégager l'Ego de ses peurs. Ainsi, l'Ego n'est plus en mode de surprotection ou de suradaptation. Il donne des directives pertinentes au Mental.

N'oublions pas que le Mental peut être un excellent outil d'accès aux systèmes élargis de l'invisible. En effet, quoi de mieux qu'un outil concret de la 3 D pour aider les Telluriens à s'ouvrir aux mondes unifiés ?

En systémique, le Mental est un excellent aidant lorsque le souffrant découvre qu'il existe dans son symptôme la clé de la guérison ! que le mal est au service du bien, que le hasard n'existe pas, que les problématiques se complètent par loi d'attraction ....

Ce constat est très important car rejeter notre Mental, c'est rejeté une partie de nous-même ! Nous entretenons alors la séparation entre le bien et le mal. Nous ne pouvons donc pas accéder à l'ensemble du puzzle de notre histoire humaine et universelle.

Tout se découvre, dans le visible, de notre univers invisible par analyse exhaustive des relations et des symptômes ! Bref, le Mental reprend ses fonctions opérantes lorsque le Soi (en devenir) assure, auprès de lui, un rôle solide d'encadrant mature, aimant et curieux.

Le Soi "en devenir" doit être aux manettes de l'existence afin de faire du Mental un pont entre le visible et l'invisible. Pour cela, l'expression du cœur a sa principale place. C'est l'accueil de tout notre unité qui va permettre au souffrant d'être patient avec l'Ego pour le rassurer et pour lui démontrer sa belle nature ! Celui-ci, alors, ne parasitera plus le Mental, formidable outil permettant l'incarnation du Divin sur Terre !

mercredi 12 avril 2017

Le symptôme : un mal au service du bien révélateur d'un univers fait de cœur et de vérité



Capsule video Youtube ajoutée le 12 Avril 2017

Résumé :

Le symptôme offre le cadre nécessaire à l'avancement lorsque la propre volonté de l'homme n'est plus suffisante. Lorsque des événements traumatiques enkystés paralysent le sujet dans des peurs régressives, le trouble se manifeste afin d'obliger la mise en place de nouveaux schémas fonctionnels.

Lorsque le mal se met au service du bien, le thérapeute et son consultant découvrent la non dualité et la complémentarité de notre univers. Seule la vérité de l'amour et du savoir est à l'origine de ce que nous vivons. Les souffrances sont destinées à nous rapprocher toujours plus près de notre conscience supérieure.

Systémique et Foi se rejoignent alors dans la mise en relief du non hasard et de l'essence supérieure de l'homme !

mercredi 15 mars 2017

Dialogue interne (extrait de mon ouvrage "Guérir et Grandir par le symptôme")



1-Présentation d’une métaphore communicationnelle opérante 


Le travail thérapeutique, par métaphore, crée un axiome de communication ouvrant le champ des possibles. Un langage universel est emprunté et favorise alors la co-représentation d’une histoire signifiante et éclairante quant à ses possibilités de dénouement.

Ainsi, la description allégorique du fonctionnement de l’inconscient, dans les temps de crise, s’est révélée être d’une résonance nodale chez les personnes rencontrées. La personnalisation de cette instance psychique et sa mise en dialogue avec le conscient, ouvrent sur une compréhension et une visualisation dynamique de la souffrance humaine. La présentation de la nature des interactions entre la dimension rationnelle (conscience) et défensive (inconscient) d’un sujet donne les clés de la logique paradoxale du traitement des nœuds conflictuels.

L’inconscient est ainsi décrit, auprès du souffrant, comme son « enfant intérieur ». Il est cet être dépendant des siens, du fait de son jeune âge. Il a construit des défenses pertinentes afin de concilier ses besoins d’adaptation à son environnement et cette contrainte d’indifférenciation liée à son immaturité.

Le conscient est défini comme cet adulte en devenir que tout homme porte en lui. Il se présente en tant qu’éducateur auprès de son « enfant intérieur » en quête d’avancement et donc de différenciation. Il lui indique le chemin à prendre afin de grandir.

La problématique d’un sujet pourrait alors être accessible en décodant les jeux interactionnels s’établissant entre ces deux entités (conscient-inconscient) ainsi personnifiées. Chez le souffrant, les échanges se particulariseraient par la mise en relief d’un inconscient paralysé de peur face aux demandes de changement et d’affirmation du conscient. L’inconscient constituerait alors cet état de fonctionnement d’un sujet résultant des déterminants systémiques ayant parcouru son histoire. La dynamique de ce système interne pourrait s’étayer sur des repères rigidifiés lorsque des expériences traumatiques antérieures seraient venues l’imprégner ! L’inconscient du souffrant se présenterait comme un enfant traumatisé craignant de se désengager des défenses qu’il avait utilisées autrefois et qui l’avaient aidé à gérer, au mieux, les temps insécurisants du passé. Il resterait figé dans ces modalités expressives qui ont été vitales pour lui à un temps reculé de son histoire et ne pourrait s’en dépêtrer dans son fonctionnement quotidien. 

Le tableau de la douleur du consultant peut alors se représenter par la mise en scène d’un enfant intérieur souffrant de phobies de différenciation et par l’accompagnement inadéquat de son éducateur. L’instructeur « conscience » est coupable d’être un mauvais pédagogue, un piètre thérapeute pour son « inconscient fragilisé ». Il sollicite certes cet enfant pour progresser, pour se confronter à ses peurs et à ses manques. Toutefois, la méconnaissance du rythme à emprunter fait du « conscient » un guide trop empressé et donc inefficace. L’inconscient du consultant serait ce petit être indifférencié présentant une phobie d’individualisation. Le conscient, inopérant, serait ce soignant peu respectueux du cadre à proposer à cet enfant apeuré de désinvestir d’anciens repères.

« L’enfant intérieur » (l'inconscient), pour diverses raisons traumatiques individuelles ou transgénérationnelles, s’est rigidifié dans une position de dépendance. Il n’a pas cheminé vers une autonomisation progressive en acceptant les réalités confrontatives d’évolution régulièrement présentées par son référent « conscience ». L’insécurité l’a alors paralysé dans un mouvement d’indifférenciation.

Le rappel à l’ordre de l’instance pédagogue, dans la nécessité d’affirmation de son élève immature (l'inconscient), est inconsistant. La conscience pédagogue détient les mauvaises cartes d’apprentissage. Elle est, soit trop laxiste, soit trop autoritaire face aux oppositions d’avancement de son apprenti. Elle peut, en effet, jeter l’éponge impressionnée par le bruit des résistances de l’inconscient. Elle peut encore alimenter le processus d’inhibition de cet enfant intérieur si elle est dans une demande d’assimilation trop rapide et ambitieuse. L’« inconscient traumatisé », comme toute personne phobique, privilégie le familier douloureux au bien-être inconnu. Ainsi, le « guide conscient » doit tenir compte de cette règle de fonctionnement, afin de bien accompagner. Le déconditionnement aux repères anciens doit s’effectuer graduellement afin que l’élève impulsif et non confiant puisse se familiariser et se rassurer dans l’adoption des nouvelles règles d’individualisation.

En thérapie, l’intérêt est de mettre en évidence ce dialogue interne. Le « guide conscient » du souffrant est décelé dans ses tentatives d’influence bénéfique auprès d’un « inconscient » dysfonctionnant. Ainsi, il est évoqué de nombreuses anecdotes événementielles où des initiatives de différenciation, dans l’histoire du sujet, ont pu être mises en relief. Le repérage, dans un second temps, des causes d’échec de ce processus engagé permet de souligner l’importance du rythme à respecter par l’instructeur « conscience » de ce mouvement. En effet, lorsque l’exposition au changement et la demande d’intégration sont trop pressantes, la mémoire antérieure de « l’inconscient » insécurisé se réactive et celui-ci réagit dans des résistances bruyantes afin de stopper le processus. 

Tous ces phénomènes inexpliqués où sont rangés les symptômes, les accidents, les tuiles, le hasard, les imprévus ne seraient que les résonances et résistances prévisibles d’un inconscient phobique s’engageant sur les chemins de la différenciation ! Plus les peurs du changement seraient prégnantes, plus les freins à l’amorce d’une dynamique de progression seraient signifiants. Ainsi, dans les situations conflictuelles, il est important que ce « tournant positif » encouragé par le « conscient » respecte les besoins de cheminement très raisonnable de l’enfant intérieur indifférencié (inconscient). Les attentes d’intégration démesurées risquent d’enrayer une individualisation en marche par l’émergence de nombreux obstacles symboliques. Ceux-ci sont l’expression des oppositions vives d’un inconscient déstabilisé dans ses repères rigides. L’instructeur conscience doit surtout informer du paradoxe de l’avancement. Même si l’apprentissage s’opère dans le bon tempo, il est logique que des résistances se manifestent afin de contrer ce changement pourtant positif. 

La capacité à transmettre et à faire accepter ce paradoxe contraignant de toute progression constitue le rôle d’une conscience bienveillante opérante. Trop souvent, l’ignorance du chemin éprouvant, sinueux parsemé d’embûches de toute élaboration de problématique dissuade l’élève l'inconscient de continuer son parcours d’individualisation. Informer de ce savoir, l’enfant intérieur indifférencié a plus d’énergie pour poursuivre cet apprentissage de nouveaux repères. Il sait que ses efforts d’assimilation contraignants ne sont pas vains.

Je vous propose de retranscrire une conversation thérapeutique métaphorique afin de mettre en relief la manière dont cet outil allégorique facilite les interventions d’une conscience dans le guidage d’un inconscient indifférencié !


2-Madame A ou comment l’inconscient résiste à reprendre des repères sécurisants


Madame A était suivi par un psychiatre pour diverses angoisses et troubles anxieux lorsqu’elle décida d’entreprendre une psychothérapie. Elle avait emménagé dans la région depuis quelque temps et semblait s’établir dans une vie plus sereine. En effet, son existence avait été bouleversée par une période traumatique il y a une vingtaine d’années. Elle avait vécu la violence et l’imprévisibilité d’un mari rigide, très insécurisant pour leurs deux filles en bas âge. 

Un jour, elle était revenue à son domicile et n’avait pu rentrer. Les serrures avaient été changées et de nombreux cartons, comprenant des affaires à elle, avaient été exposés sur la terrasse extérieure. De par la vitre, elle avait découvert un intérieur sans meubles, complètement dénudé. Elle était alors restée en état de sidération devant cette maison si familière devenue une étrangère rejetante. Avec ses deux enfants, elle s’était alors trouvée à la rue sans aucune ressource et appui relationnel. Son époux avait organisé le déménagement des lieux sans la prévenir. Depuis quelque temps, il revenait seulement le week-end, car ses affaires l’avaient amené à louer un appartement là il exerçait à cette période. Il avait ainsi abandonné sa famille sans scrupule puisque celle-ci était sans possibilité de réagir. En effet, la demeure était au nom du conjoint.

Madame A se retrouvait sans droit d’accès sur cette propriété maintenant vidée totalement. Elle n’eut aucun soutien familial, car elle était en rupture avec les siens depuis longtemps. Son mariage avait été une fuite en avant afin d’échapper à des relations chaotiques et carencées à ses parents. Ainsi, pendant quelques mois, ses conditions de vie furent précaires. Elle trouva, par la suite, un logement s’étayant sur son travail et des aides sociales. Elle fut profondément traumatisée par cet épisode abandonnique. À multiples reprises, son conjoint l’avait menacé, avec un rictus ironique, d’un sombre destin si elle n’acceptait pas de le suivre dans la ville où il travaillait. Elle avait toujours refusé, car son métier était le seul point de repère stable qui l’avait aidé à ne pas être sous l’emprise complète de son mari. Au perron de cette porte verrouillée de son foyer, malgré la peur qui la tenaillait, elle avait décidé que jamais elle ne le rejoindrait. Elle était prête à vivre beaucoup de déboires afin de ne pas s’enfermer dans une vie chosifiée. 

Lors du début du suivi, Madame A expliquait que seule la prochaine fin des procédures judiciaires ( liées à la séparation et à une tentative de meurtre de l’ex) lui permettrait de rétablir un sentiment de sécurité. Elle appréhendait toujours que celui-ci vienne l’importuner, elle et ses filles, tant que la justice les reliait par des affaires non abouties. Même si ce raisonnement était irrationnel, elle pensait que son mari pourrait uniquement retrouver ses traces par le biais de ce lien administratif. Elle n’envisageait pas qu’il aurait pu depuis longtemps la recontacter s’il l’avait souhaité. Cette conviction erronée trahissait la résonance toujours très vive de ses peurs. Elle avouait toutefois que, ces dernières années, elle avait repris davantage de confiance. 

Des symptômes bruyants l’handicapaient, depuis peu, alors qu’elle commençait à rétablir une sécurité intérieure. Ce paradoxe fut éclairé par la mise en dialogue, lors de la thérapie, des différents mouvements psychiques s’exprimant chez la consultante. L’éclairage sur l’attitude phobique d’un inconscient résistant à une reprise d’affirmation au fil des années fut déterminant dans la mise en sens et le dépassement de ce vécu déstabilisant. Ainsi, chaque événement symptomatique, factuel et émotionnel actuel put être repris sous l’angle de l’expression, chez le sujet, de son enfant intérieur apeuré de l’élan de différenciation grandissant en lui.

Cette lecture constante, sous-titrée sur l’étiologie des dysfonctionnements paralysants du quotidien, donna à Madame A l’énergie de ne pas céder à des oppositions témoignant du négatif caché de progression ! La mise à nu des stratégies de l’inconscient permit à la souffrante d’ajuster son fonctionnement afin de faire taire les peurs démesurées et aliénantes de cette instance. Elle sut la neutraliser en reconnaissant la légitimité historique de ses modalités présentes d’expression et en respectant le rythme modéré à emprunter sur les chemins de la différenciation.

Madame A, lors de la séance, s’installe avec difficulté dans le fauteuil. Son bras est retenu dans une attelle et l’empêche de se mouvoir dans ses repères habituels.

Thérapeute : « Alors que de frayeurs faites à votre entourage. Votre mari, la semaine dernière, m’a mimé, assez éprouvé, votre chute »

- « oui, je ne réalise pas encore ce qui m’est arrivé. Tout est survenu de façon si brutale. J’ai eu soudainement la lubie de replacer mon horloge au mur. Je suis montée sur la chaise et j’ai basculé ! Résultat une semaine d’hôpital et une intervention chirurgicale ! C’est terrible, tout allait si bien le matin même. En fait, cela fait plusieurs mois que je reprends de l’assurance !

- Peut être de trop ? La semaine précédant votre accident, votre mari et vous me racontiez cette dynamique à davantage vous affirmer, cette plus grande spontanéité à exprimer vos pensées sans avoir peur des résonances. Cette nouvelle attitude vous laissait perplexe et interrogative. Vous restiez songeuse et contrariée lorsque vous exprimiez ce fait !

- oui, je me souviens, cela fait quelques mois que je ne me reconnais plus. Je me sens ambivalente, car je suis excitée par ces changements en moi, et en même temps, je les appréhende. Je me demande si c’est toujours moi !

- Cela fait si longtemps que vous vivez sous l’emprise d’un inconscient traumatisé vous imposant ses codes de réassurance ! Vous avez confondu votre identité à la manière dont cette partie de vous a contrôlé votre existence pendant de nombreuses années.

- Ce fameux inconscient ! Vous savez, j’ai eu le temps de penser à lui sur mon lit d’hôpital ! Il a tellement dirigé ma vie de mon départ de chez mes parents jusqu’à il y a peu de temps. D’ailleurs, je ressens dans ma chair toutes ses résistances à faire confiance à mes nouveaux choix. C’est fou, plus j’essaie de profiter, de m’ouvrir, plus des tuiles m’arrivent ! Souvenez-vous de la période où mes problèmes professionnels se résolvaient. J’avais réussi à ne plus me laisser tyranniser par cette vieille femme chez qui je travaillais. Elle était si despotique.

- Elle était insupportable parce que vous l’autorisiez à se conduire ainsi avec vous. Vous acceptiez tout sans rechigner. Le fait de dire « non » vous donnait des bouffées de chaleur.

- oui, j’avais l’impression que le sol allait se dérober sous mes pieds si j’osais exprimer mes pensées. Mais bizarrement, au fil des années, j’endurais de moins en moins ces frustrations et tous les caprices de mes petits vieux ! Mon corps se raidissait et devenait davantage douloureux sous l’effet d’une colère plus prégnante !

- et d’un narcissisme plus solide ! Plus vous retrouviez une sécurité intérieure auprès de votre deuxième mari, plus vous vous risquiez à vous rebeller !

- oui, tout à fait, mais que de batailles éprouvantes avant de gagner la guerre. Que d’angoisses et de maux divers à chaque fois que je recadrai ces braves gens en leur disant que si j’étais leur aide à domicile, je n’étais toutefois pas leur chien. Après une de ces révoltes nouvellement ressenties en moi, je me souviens être restée clouée au lit pendant une semaine. J’avais eu une grippe carabinée !

- Je m’en souviens, de même, je me rappelle toutes ces émotions paralysantes qui vous tenaillaient à chaque tentative d’affirmation. Elles semblaient s’inscrire comme opposition à cette nouvelle dynamique empruntée dans votre existence. 

- J’étais persuadée qu’une catastrophe allait suivre lorsque j’ouvrais ma « babaille » ! D’ailleurs, j’étais tellement mal physiquement et psychiquement après ces confrontations que cela me confortait dans l’idée de cesser toute initiative de ce genre. Sans cette co-narration, construite avec vous, sur le dialogue engagé entre mon inconscient et mon conscient lors de cette période significative, j’aurai tout abandonné et je serai resté au fond de mon lit ! Il m’a fallu quelque temps afin d’intégrer le paradoxe de l’avancement. Plus vous me démontriez qu’à chaque douleur endurée, je progressais, plus je prenais conscience de mes résistances internes et de la manière dont elles agissaient à mon insu.

- L’ignorance de notre fonctionnement inconscient est la cause d’échec à toutes nos difficultés !

- oui, ça c’est clair. Lorsqu’on sait qu’on souffre, non pas parce qu’on est dans l’impasse, mais au contraire parce qu’on progresse, cela change tout ! J’avais le moteur de continuer à endurer tous ces symptômes, car ils étaient le signe de ma réussite ! Cette lecture thérapeutique a été, pour moi, ce « phare dans la nuit » que je cherchais désespérément afin de retrouver mon chemin. Tout s’éclairait, je reprenais le contrôle, je repérais dans mes symptômes ou les aléas de ma vie, les guides qui me permettaient d’être attentif à l’intensité des peurs de changement. Je les écoutais dans leur sens profond là où auparavant je les interprétais mal. 

- C’était devenu des alliés et non plus des ennemis, elles étaient vos balises sur cet océan infini !

- Oui, c’est étrange, il m’arrivait quelque chose, une angoisse, une douleur ou un pépin, mais la panique ne me prenait plus. Au contraire, j’étais curieuse et enthousiaste à décoder leur sens. Chaque tension ou obstacle pouvait être relié à un élan d’affirmation qui l’avait précédé ! Je suis toujours fasciné par cette découverte. Elle me donne l’énergie de continuer à être attentive et respectueuse de cet inconscient phobique en moi ! Je le perçois comme un petit être chétif à protéger et à respecter dans son rythme afin de l’apprivoiser !

- cet inconscient qui vous touche, c’est votre « être intérieur » qui a tant fait pour vous lors des moments traumatiques. Il a su mobiliser les bonnes protections pour vous aider à survivre. Maintenant, c’est à vous de l’aider à réaliser que ces mêmes défenses ne sont plus utiles et qu’elles sont désormais la cause de la souffrance. Pour lui permettre de visualiser qu’il n’y a plus de danger, il faut l’exposer progressivement à ce qu’il fuit, l’expression des choix et désirs individuels ! En l’occurrence, pour vous, il est question que votre inconscient comprenne que l’exposition de vos différences n’entrainera plus la violence, l’abandon ou la trahison.

- J’aime me dire que c’est à moi, celle qui s’épanouit en moi actuellement, de faire quelque chose pour celle que j’étais et qui m’a sauvé la vie !

- oui, c’est une jolie façon de voir, d’autant plus que cette réassurance de votre inconscient est essentielle à votre bien-être. Ce sont deux partis en vous s’influençant étroitement et déterminant, dans leurs interactions, vos modalités de réaction au quotidien. 

- Je ne le sais que trop ! Mon bras est aujourd’hui là pour en témoigner ! Depuis quelques mois, je pose davantage de limites à ma dernière fille. Mon autorité est plus consistante, car j’apprends à me détacher de mes peurs anciennes, cette frayeur que ma plus petite puisse vivre ce que mes deux premières filles ont subi : un pouvoir injuste et terrorisant de leur parent. Chaque jour, à chaque fois que je pose un interdit à ma puce, je lutte contre cette émotion paralysante de culpabilité et de crainte de faire du mal à mon enfant. Suite à nos séances, je prends conscience que seule l’exposition à la réalité me permettra de me désaliéner de cette fausse croyance et de ne plus confondre passé et présent. C’était bien parti, depuis plusieurs mois, je suis un peu plus cohérente, je cède moins aux caprices de Léa. Malgré des débuts difficiles entre résistances de mon enfant et sentiment d’être une mère indigne, j’ai réussi à être plus sereine et confiante dans mes actes. Je me suis rendue compte que ma fille ne m’en voulait pas, son chantage affectif durait peu de temps. Si sur le fait, elle était provocatrice, elle revenait le lendemain vers moi plus câline et plus apaisée. J’ai compris alors que ces dernières années, elle avait recherché ma contenance en éparpillant ses devoirs sur la table, en n’ayant pas d’heures pour finir ses devoirs, en étant impertinente. 

- Que s’est-il passé alors si vous étiez si bien parti dans le dégagement de vos traumatismes ?

- Un instant, je vais y venir ! J’avais si bien perçu la manière dont mon inconscient avait interféré dans ma relation à Léa que je me suis empressée de le malmener en lui imposant un rythme de confrontation trop ambitieux ! Le soir, avant ma chute, j’ai imposé à nénette de ranger son sac alors qu’elle n’avait pas terminé ses leçons. Il était 23 H. Je l’ai entendu dans son lit pleurer et j’ai lutté pour ne pas céder. Seulement, je n’ai pas dormi de la nuit et je me suis réveillée avec un mal de tête insupportable. Le regard de Léa était si haineux le lendemain que je pense que toutes mes insécurités inconscientes ont été réactivées. L’enfant intérieur affolé a alors parlé au plus profond de mes tripes afin de court-circuiter cet élan d’affirmation. Cet accident domestique ne s’est pas passé à n’importe quel moment, c’était à la veille des vacances scolaires !

- Continuez, vous m’intéressez !

- Je pense sincèrement que cela a bien arrangé mon inconscient ! Alors que je suis restée deux semaines à la maison avec Léa, mon handicap m’a contraint à moins intervenir auprès d’elle dans mes fonctions parentales. Ma fille aînée est venue s’occuper de sa sœur. J’étais cassée par les antalgiques et j’avoue que je n’aspirais qu’à me reposer. Je me suis beaucoup appuyée sur ma grande et mon mari afin de prendre le relais ! Vous voyez deux semaines de répit pour mon inconscient ! Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. J’avoue que je n’ai pas été très délicate avec ma partie phobique, pris dans un élan de trop grande assurance. Je serai maintenant davantage respectueuse de son rythme !

- Il est sûr que cet inconscient a lui-même brutalisé les conditions d’existence de votre conscient. Il l’a empêché, par ses peurs, de s’adapter et l’a contraint à porter le stress de l’indifférenciation. Toutefois, celui qui a accès au savoir, c’est votre conscient. C’est donc à lui d’avoir l’initiative des bonnes dynamiques interactives avec l’inconscient. Le guide conscient doit aider son élève intérieur à se dégager de ses phobies pour que ceux-ci n’entravent plus la bonne marche du fonctionnement rationnel.

- J’ai bien compris que l’inconscient ne pouvait pas se rassurer tout seul. Il a besoin des conseils du conscient afin d’apprendre à se déconditionner de ses peurs. Cela me fait penser à mes problèmes de rangement qui ont perturbé mon quotidien pendant tant d’années ! Longtemps, je vous ai ennuyée à vous raconter en détail le désordre de ma maison, les cartons encombrant les pièces, les armoires dérangées, les papiers administratifs non classés. Je vous ai décortiqué mes angoisses et mon mal-être devant ce chaos pendant des heures. Toutefois, rien ne changeait. C’est seulement lorsque nous nous sommes penchés sur mon être intérieur résistant à une vie ordonnée que tout a pris sens pour moi. Ce dialogue entre un conscient exigeant de l’inconscient apeuré une adaptation brutale a été un électrochoc efficace. Dès que je rangeais ma maison, de fond en comble, j’étais prise d’angoisses paralysantes qui me dissuadaient pendant un certain de recommencer ! Le rangement progressif d’une seule armoire, puis de papiers administratifs, puis d’un carton ou tout simplement d’un pot sur la terrasse m’aida à réaliser l’ampleur de ma phobie. Chaque petite tâche était éprouvante, mais l’exposition douce permit à mon inconscient d’oser se réinstaller dans une vie stable. Il put doucement s’assurer que l’imprévu ne viendrait plus déranger et vider l’intérieur d’un foyer. Il n’était pas nécessaire de rester sur le qui-vif dans une maison désinvestie par peur de devoir la quitter précipitamment. La confrontation graduelle à ma phobie inconsciente de me voir perturber dans la sérénité de mon foyer permit de me dégager des traumas passés. La clé de la réussite, c’est savoir penser que l’on a un inconscient et lorsqu’il est traumatisé, il faut le traiter avec les mêmes égards qu’une personne phobique !

- J’ai l’impression que cette chute de votre chaise a été une révélation ! Je ne vous ai jamais ressentie aussi impliquée dans ce que vous disiez !

- Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas seulement cet épisode, où plutôt c’est cette mésaventure qui m’a amenée, du fond de mon lit d’hôpital, à réfléchir à tous ces expressions inconscientes qui ont parcouru mon histoire dès que je changeai de direction ! J’étais fasciné de découvrir, à chaque regain d’énergie pour cheminer dans mon sentiment de liberté, des résistances qui venaient se mettre sur mon passage. Je vous ai parlé de mes angoisses, de ma fille, de mon bazar, mais j’ai également retrouvé de nombreuses autres anecdotes tout aussi parlantes. J’étais captivé, dans cette enquête, car pas une dimension de mon vécu n’échappait à cette règle de rébellion intérieure dès que j’empruntais de nouvelles directives.

- Vous voulez dire dès que vous commenciez à vous sécuriser et à adopter des comportements moins phobiques ?

- oui, toute ma vie, depuis mon enfance, a été placée sous la contrainte des repères chaotiques : deux-grands pères et un cousin s’étant suicidés, des parents rejetants et inaccessibles, un ex-mari violent complètement marqué par la guerre d’Algérie. D’ailleurs, vous savez, il avait le même âge que mon père. Comme lui, il a vécu le conflit civil de ce pays. Mon mari actuel, algérien, a été également policier à Alger avant d’immigrer en France. La peur d’être assassiné comme ses collègues l’a fait fuir. Aujourd’hui encore, il est très difficile d’aller voir sa famille tant il craint les représailles.

- Jusque que dans le choix de vos objets d’amour, votre inconscient est intervenu. Il a trouvé des personnes qui confortaient vos représentations du monde !

- J’ai remarqué qu’il y a davantage de tension dans mon couple depuis que j’ose un peu plus affronter mes problèmes ! Je vois toutes les fragilités de mon conjoint maintenant que je me sors de ces mêmes vulnérabilités ! Il m’agace, je n’ai de cesse de lui signifier qu’il s’y prend mal avec sa fille. Elle le provoque, il contient, contient jusqu’à exploser de façon disproportionnée ! Pourtant, je lui dis ce que j’ai pu découvrir ici : « pose des actes, ton éternelle litanie de mécontentement sans punition ne sert à rien ». C’est fou, je ne supporte plus son comportement alors qu’auparavant je le vivais très bien…….Sans doute parce que j’avais le même problème que lui.

- Oui, vous ne camouflez plus sa problématique dans le partage d’un manque commun. Avez-vous relevé des résistances inconscientes de sa part afin que vous repreniez votre ancienne dynamique ?

- Il est vrai que je le trouve, en ce moment, particulièrement triste, bougon. Il n’a de goût à rien. La construction de son garage lui tenait à cœur, mais il ne parvient pas à s’y mettre. Le matin, j’évite de me mettre à table avec lui, il n’a pas d’entrain, il se plaint déjà de sa journée. C’est drôle, il a l’air satisfait de me voir plus confiante mais en même temps, il perd sa vivacité ! Je pense que tous ces changements lui font peur !

- il fait résistance ! 

- Je ne sais pas, mais en tous cas, c’est pénible. J’aimerai tant qu’il me soutienne davantage auprès de notre fille. Tous les matins, elle ne lui dit pas bonjour, elle le titille et lui il marmonne dans ses moustaches !

- votre mari a déjà dit qu’il avait peur du conflit !

- Oui, il a tellement vu d’horreur dans son pays ! Je pense qu’il est allergique à toute crise ! Je pense que c’est peut-être pour cela qu’il est sensible à nos disputes actuelles, il les vit très mal. D’ailleurs, il m’a dit la fois dernière « tu peux faire tout ce que tu veux, je ne m’énerverai pas ! ». C’est parlant non ?

- Son inconscient résiste au changement, mais son guide conscient et le vôtre vont l’aider à prendre le bon chemin progressivement. Ceux-ci vont le rassurer, dans les nouvelles expériences d’affirmation vécues, en lui montrant la valence structurante de la confrontation. Courage, car comme je vous le dis souvent, il y aura encore de nombreuses résistances inconscientes en vous et en lui sur ce parcours libérateur !

- Oui, je m’en rends compte. Et puis, il est pénible, dès que je sors, il s’inquiète, il craint que je fasse à nouveau une chute. Cet accident l’a déstabilisé !

- vous voyez la manière dont cet aléa a alimenté votre problématique d’évitement, mais également la sienne ! Double résistance, il est tenace votre inconscient !

- Oh, je ris, car je me souviens du temps où j’accompagnais Léa à l’école. À cette période-là, je n’étais pas aussi détendu qu’aujourd’hui. De la maternelle jusqu’en primaire, ce fut un calvaire. Je ne pouvais me décoller de la grille d’entrée. Chaque séparation était un déchirement, un désarroi ! Je restais là pendant de longs temps à tenter d’apercevoir ma fille par la fenêtre de sa classe. Il y eut plusieurs épisodes terribles avec les maîtresses tellement je ne parvenais pas à me raisonner. J’en ai encore des hauts le cœur et des bouffées de chaleur quand je vous en parle. Figurez-vous que sur le chemin de l’école, lorsque je m’y rendais à pied, il m’arrivait toujours quelque chose ! Je me suis fait des entorses, je me suis pris un poteau pourtant bien familier, j’ai glissé et je suis tombée à cause de la neige ! Vous m’étonnez que mon mari ait peur !

- Et lorsque vous venez me voir, vous venez à pied ?

- Aujourd’hui, c’est la première fois que je viens avec mes gambettes ! Depuis deux ans que l’on se voit, c’est la première fois que je viens à pied !

- Vous défiez de plus en plus vos peurs, c’est bon signe et votre inconscient vous a-t-il joué un mauvais tour sur le chemin ?

- Non, j’ai respiré l’air pur, cela m’a fait grand bien

- C’est encore meilleur signe ! 

- Oui, allez dire cela à mon mari ! Si je l’écoutais, je resterais enfermée chez moi. Depuis quelque temps, j’ai envie de reprendre un travail à temps complet. Mon époux n’est pas d’accord, il évoque le non-intérêt financier de ce projet. Je sens pourtant qu’il est davantage soucieux de me savoir autant à l’extérieur. Il m’invite à ne pas tomber dans le piège d’une implication, à nouveau, trop dangereuse. Au tout début de notre mariage, je prenais en charge, chez moi, en tante que famille d’accueil, des adolescents en difficulté. Je me suis retrouvée, de nombreuses fois, dans des situations éprouvantes. J’ai dû arrêter ce boulot car un des enfants me volait, devenait violent. Je n’ai pas su gérer, j’ai développé de grosses angoisses et mon corps n’a pas suivi. 

- Jusque dans le choix de votre travail, votre inconscient s’est exprimé ! Il a remis en place un cadre insécurisant tant connu ! Et oui, tant que vous n’étiez pas dégagé des traumas, la compulsion à la répétition prenait le devant de la scène. 

- Toutefois, j’ai réussi à me raisonner. J’ai eu la force de sortir de cette situation chaotique. J’avoue que cela a été difficile. J’ai beaucoup pensé à Marc, le garçon dont je m’occupais, à ce qu’il vivait. Je me suis sentie défaillante. J’avais l’impression de l’abandonner, mais j’ai dû prendre cette décision pour protéger ma famille !

- Comme vous aviez déjà dû le faire lors de votre séparation à votre ex ! Excepté la douleur de votre corps pour s’opposer à cette décision professionnelle, y a-t-il eu d’autres résistances à ce changement ?

- Comme je vous ai dit, pendant de nombreux mois, j’ai somatisé et je pense avoir vécu une période dépressive. Il faut dire que je me suis isolée ensuite, car je ne supportais plus le chant du coq d’à côté. Vous vous rappelez, je vous en avais parlé au tout début de la thérapie ! Cela fait plusieurs années, que les relations étaient houleuses avec mes voisins. Ce sont des vieux insupportables, ils s’ennuient alors ils nous épient, ils se plaignent à la mairie pour qu’on coupe nos arbres, pour mieux nous observer ! Ils sont connus dans le quartier pour être de vrais paranos ! Bref, leur coq, j’aurais voulu l’égorger. Le matin, je ne parvenais pas à ouvrir mes fenêtres tant je redoutais de l’entendre. Ma famille n’y prêtait pas attention et n’était pas importunée par ce maudit poulet. Je commençais toutefois à imprégner Léa de mes angoisses, car elle devenait sensible à son cri.

- Finalement, cette obsession vous a maintenu dans l’insécurité à un moment où votre décision d’arrêt de travail aurait dû permettre de retrouver une stabilité ! 

- Je n’y avais jamais pensé, mais cela se tient, car il est vrai que pendant longtemps cela a été l’enfer à la maison à cause de cette bestiole ?

- Et comment avez-vous fait pour sortir de ce cauchemar ?

- C’est à cette période que j’ai commencé à être suivie par un psychiatre. Il m’a prescrit un traitement anxiolytique. Cela m’a soulagé, mais je pense que les sorties extérieures plus fréquentes, grâce à mon nouveau travail, ont été la clé de tout. C’est là que j’ai été embauchée en tant qu’aide à domicile. J’ai prêté de moins en moins attention au chant du coq, car j’étais plus ouverte sur l’extérieur. 

- Votre guide conscient a réussi à rassurer votre inconscient phobique dans une exposition relationnelle progressive !

- Peut-être, mais cela a été laborieux, il a fallu que je dépasse mon envie de tout lâcher tant les premiers temps de mon exercice ont été pénible. J’étais irritable, tendue, j’avais mal au dos et j’avais peur de tout, mais l’idée de rester à la maison était pire que tout. Ce coq, m’aurait fait devenir folle !

-  Quel paradoxe ! Le symptôme, fruit de l’inconscient, est à la fois résistance, mais moteur au changement. Il devient tellement contraignant qu’il oblige à réagir !

- Maintenant que nous abordons ce sujet si passionnant, il y a quelque chose qu’il faut que je vous avoue, car je pense que ce n’est pas sans résonance avec ce dont nous parlons. Cela fait six jours que je ne prends plus mes antidépresseurs, je les ai arrêtés du jour au lendemain, car j’ai oublié de renouveler mon ordonnance. Je m’aperçois que ce n’est pas un hasard même si je voudrais banaliser. Ce sevrage brutal me donne des contractures et une irritabilité assez importante. Les douleurs de la chute sont prégnantes actuellement, certainement intensifiées par cet arrêt. Hier, j’ai même dit à mon mari que « Si c’était pour souffrir physiquement autant, je préférais mourir ! ».  Je m’aperçois que j’ai dit cela alors que cela fait plusieurs mois que je me sens mieux moralement. Je profite davantage de la vie, je pense à moi, je suis plus confiante. Je réalise aujourd’hui, après notre échange, que le chemin n’est pas totalement terminé.

- Votre inconscient vous fait savoir qu’il n’est pas encore totalement rassuré. Le traitement de sa phobie n’est pas complètement réglé. Il faut juste rester vigilant à ce que votre conscient reste un bon pédagogue respectant le rythme et les conditions nécessaires à votre inconscient pour apprendre autre chose que l’insécurité. 

- Oui, et il a l’air de ne pas être si loin de l’arrivée. Je suis sûre que ma meilleure prise en compte de sa présence facilitera le reste du chemin !

- Oui, je n’en doute pas et faites-moi le plaisir de reprendre votre traitement « petit inconscient rebelle » !

- Merci à vous « mon cher conscient » !


Madame A est aujourd’hui totalement désengagé de sa problématique d’insécurité. Ses deux aînées sont d’ailleurs devenues pompiers ! La consultante a dû s’affirmer auprès d’elles, car les deux grandes, depuis très longtemps, déversaient sur leur mère une colère déplacée. Elles déniaient l’impact des traumas vécus avec leur père. Depuis la séparation des parents, les filles n’avaient jamais revu celui-ci. Face à cette absence de lien, la souffrance avait été projetée sur cette mère sécurisante acceptant de recevoir les coups. Madame A, en ne portant plus la problématique de ses aînées, permit à celles-ci de s’y confronter pour les élaborer. Bien sûr les résistances s’exprimèrent ! La plus grande eut un accident de vélo. L’autre présenta des problèmes dermatologiques handicapants afin de persuader la maman de reprendre son rôle de « bouc émissaire ». Madame A ne céda pas à ses peurs. Elle eut raison. Les deux filles entreprirent, suite à cette réorganisation relationnelle, un travail thérapeutique chacune de leur côté. De même, leur métier sembla avoir été leur solution créative afin de trouver un étayage paternel symbolique. Elles s’engagèrent dans des relations amoureuses solides là où auparavant elles collectionnaient les aventures. Leur mère leur donna, ainsi, un modèle de progression en tant que guide conscient. Elle les obligea, en ne tamponnant plus leur problématique traumatique, à la dénouer. Madame A entraîna également son époux sur les chemins de la différenciation. Celui-ci retourna voir ses parents à Alger malgré ses peurs envahissantes. La consultante déploya beaucoup d’énergie afin de l’aider à obtenir son visa. Elle passa des heures avec sa belle- famille, au téléphone ou sur internet, et les mobilisa dans ce projet de retrouvailles. Sa cadette fit, à cette occasion, connaissance concrète avec la branche paternelle. Elle passa désormais les vacances d’été là-bas. Vous ne serez pas étonné de prendre connaissance d’une sciatique rebelle qui décontenança Monsieur A la semaine juste avant son départ pour Alger ! 

Cependant, l’inconscient de Monsieur A ne connaissait pas bien la ténacité de son épouse dans le désir de mener sa petite famille sur les chemins de la différenciation ! Comme elle l’avait si bien dit lors de notre séance, elle s’exclama : « Pensez-vous, il l’a pris son avion. Je lui ai donné une canne, je lui mis ses antalgiques dans son bagage. Je lui ai fait un gros bisou et je n’ai pas décollé mes yeux de la vitre de l’aéroport afin de m’assurer qu’il prenne bien son vol ! Mais rassurez-vous, je savais que c’était le bon rythme ! Il est revenu avec un grand sourire de son voyage et sans gros symptôme ! ».

Cet extrait thérapeutique place la nature du dialogue conscient/inconscient au cœur d’une intervention opérante. La personnification de ces deux instances permet une approche explicite de la manière dont leur mise en lien est essentielle. Le décodage de la nature de leurs interactions donne sens à ce qui surgit : des pseudos hasards aux symptômes les plus contraignants, des fausses réussites aux dénouements les plus heureux. La mise en scène de ces deux protagonistes internes éclaire sur des jeux psychiques invisibles. Ceux-ci sont rendus compréhensibles par leur approche métaphorique et humanisée. Le thérapeute veille ainsi à conter, avec ce médiateur narratif, une histoire accessible et pleine de sens structurant !










lundi 9 mai 2016

Des enfants symptomatiques éveillant leurs parents


Des enfants éveillés venus d’ailleurs


Ainsi, je me souviens du moment où j’ai réalisé pleinement la place thérapeutique que l’enfant pouvait prendre dans ses groupes d’appartenance.

Durant la même journée, deux consultantes m’avaient posé, de manière fascinante et mot pour mot, la même question : « Pensez-vous que les enfants choisissent leurs parents ? ». Cette apostrophe avait été source d’une grande surprise.

Tout d’abord, j’avais été interpellé par le caractère itératif de cette invitation à la réflexion. De plus, c’était la première fois que je me retrouvais sidérée dans ma pensée. Tous les sujets psychologiques, en effet, suscitaient chez moi d’ordinaire de vives associations idéïques.

Il était vrai que ma pratique m’exposait constamment à la dimension « angélique » de l’enfant.  Le regard des consultantes avait ouvert sur un espace spirituel fort passionnant. La difficulté à réfléchir les situations dans leur exhaustivité constitue une fragilité récurrente de l’homme. Nous avons trop tendance à considérer un pan de l’histoire en pensant qu’il reflète la globalité de la réalité ! Je remercie, chaque jour, ces personnes vivant un temps de crise car elles me rappellent combien une analyse systémique pertinente se doit d’appréhender le plus grand nombre de facteurs déterminants l’individu.

Les patientes avaient ainsi élargi mon champ de vision en attirant mon attention sur le véritable « rôle » que l’enfant pouvait revêtir parmi les siens ! Chaque jour, en séance, je constate la manière dont les comportements de ces êtres en devenir peuvent avoir du sens malgré leur apparence incontrôlée. Même si la dynamique de l’enfant répond à un registre inconscient, elle semble souvent orientée vers un but salutaire vis-à-vis des adultes.

Georg Kühlewind (Professeur, Philosophe, écrivain et pédagogue hongrois  1924-2006) a dit « Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus d’enfants naissent, qui de par leur être et leur comportement, se démarquent de ceux auxquels les parents et les pédagogues sont habitués. Une nouvelle génération d’âmes arrive sur terre. Des enfants qui montrent une étonnante maturité, qui sont malheureux dans le monde des adultes et qui avec une puissante impulsion spirituelle, veulent transformer ce monde. Cet événement est le plus important en ces temps actuels. ».

Ces enfants sont appelés enfants surdoués, indigos, cristal ou arc en ciel. Ils se distinguent par des aptitudes et une sensibilité manifestes. Ils sont responsables, intuitifs et d’une grande maturité intellectuelle. Leur fonctionnement protecteur vis-à-vis d’autrui est impressionnant. Ils semblent dans leur dynamique vouloir « guider » afin d’induire plus d’émotivité, de simplicité, de solidarité, de sagesse, de spontanéité et de détermination chez l’homme.

Ces enfants ont ainsi une conscience supérieure et ils sont très intègres. Ces qualités sont souvent, pour eux, cause d’un sentiment de solitude et d’incompréhension dans un monde en perte de repères. Ces petits êtres respectent, de manière innée, des valeurs fondamentales que nous avons tendance à perdre au fil du temps. Ils ne comprennent pas l’inconscience, le malheur, le manque d’amour et le non respect de la nature.

Ainsi, dans leur jeune âge, ces « belles âmes » ont souvent l’impression de ne pas appartenir à ce monde. Elles peuvent avoir une enfance difficile car la société leur renvoie fréquemment qu’elles ont un fonctionnement « anormal». Elles doutent d’elles-mêmes et se croient inadaptées. Elles discréditent alors certaines perceptions, intuitions, pensées et réactions internes. Ces êtres merveilleux, selon les guides spirituels, seraient des « êtres lumières » venus pour nous aider à évoluer.

Leur épanouissement serait alors possible lorsqu’ils se remémoreraient leur mission de vie.
Tout prendrait sens pour eux lorsqu’ils intégreraient la vérité de leur sagesse et de leurs croyances profondes. Ils développeraient alors leur expression d’être, conscients désormais que celle-ci n’est pas nuisible mais au service du bien-être d’autrui.

Leur réel éclairage sur leur identité leur permettrait alors d’œuvrer plus adéquatement à leur but en prenant conscience des fragilités de leurs prochains. Ils respecteraient davantage le rythme de ceux-ci. Ces enfants symptomatiques choisiraient volontairement d’aider les « hommes » qui sont contraints par leur aveuglement !

La suite (troisième partie) la semaine prochaine...

Des enfants symptomatiques éveillant leurs parents



L’enfant « thérapeute en herbe » : créateur d’un symptôme fonctionnel


Le symptôme est surprenant dans ses dimensions bienfaitrices. Derrière son bruit trompeur, il revêt une dimension thérapeutique imperceptible dans son appréhension première. 

Le symptôme est encore plus déstabilisant dans sa nature constructrice lorsqu’il s’exprime au travers d’enfants apparemment ingénus ! Le paradoxe se double alors dans ses teintes. En séance, quel constat fascinant de réaliser la manière dont ces « thérapeutes en herbe » usent de leurs maux pour faire évoluer les grands !

Beaucoup d’entretiens systémiques, menés en présence de nos chers bambins, mettent en relief cette réalité ! Nous les voyons s’agiter, retenir notre attention, présenter des comportements énigmatiques lorsque les adultes abordent un sujet signifiant. Ils dessinent, créent des scénarios donnant des pistes de réponses à la problématique. Ils adoptent une posture, une place, un regard, un parler ou des réactions à décoder dans leur sens évolutif. 

Ainsi, on peut citer quelques exemples explicites :

- Romane, une jeune enfant psychotique cesse, en séances, d’avoir toujours son regard tourné vers le haut lorsque ses grands-parents et ses parents abordent le sujet tabou de la mort en bas âge d’un l’oncle. Cet enchainement est saisissant !

- Lucas parle facilement aux étrangers. Lors des sorties, il réclame l’aide ou l’attention de passants dans la rue. Il demande à jouer avec eux. De cette manière, il interpelle sa mère sur son incapacité à créer des liens sociaux. Il l’oblige, chaque jour, à se confronter à sa problématique relationnelle et phobique.

- Une fillette Alice perturbe systématiquement les échanges affectifs du couple parental lorsqu’ils ont tendance à partager plus d’intimité. Le père se centre alors entièrement sur les demandes de l’enfant pour les satisfaire. Son comportement permet de mettre en relief la mauvaise délimitation des frontières intergénérationnelles.

- Julien emprunte un langage trivial pour s’adresser à ses parents lors des échanges thérapeutiques. Il dénonce et provoque sa famille afin que celle-ci sorte d’un faux-semblant de perfection. Il tente ainsi de court-circuiter un fonctionnement dans le faire-paraitre déstructurant pour le groupe.

- Jessica interrompt fréquemment la psychologue pour poser incessamment la même question « est-ce que j’ai l’air méchante ? ». Elle met en relief la lourdeur de son système pris dans des principes religieux rigidifiés et fort culpabilisants.

Ces quelques situations thérapeutiques témoignent de la valence fonctionnelle d’une expression juvénile « pseudo-innocente ».  Le symptôme de l’enfant renvoie, en miroir, une problématique non réglée et à travailler par les adultes. Le petit d’homme est en fait un grand informateur et un grand enseignant. Il possède une créativité insoupçonnée lorsqu’il s’agit d’aider ses ascendants à se défaire de fausses croyances douloureuses. Le symptôme et lui-même s’associent alors dans des mises en scène « magiques » pour provoquer un dénouement bienheureux ! 

L’enfant et le symptôme : un duo bruyant orchestrant un monde meilleur


Le symptôme de l’enfant agit doublement dans ses effets de conviction. Par sa nature contraignante, le symptôme motive davantage une personne à opérer les changements thérapeutiques induits en son cœur. De plus, en ciblant l’enfant, le symptôme engage, avec plus de force, les avancements d’un sujet adulte. Celui-ci est, en effet, animé généralement d’un profond besoin de protection de sa descendance.

Bref, le symptôme et l’enfant s’allient dans des stratégies subtiles afin de faire évoluer les grands ! Très souvent leur ingéniosité mutuelle, dans ce travail complexe, laisse bouche baie. L’horlogerie est magnifiquement réglée : la forme et le contenu du symptôme sont justes. L’expression propice du symptôme est orchestrée par l’enfant pour résonner adéquatement. L’enfant et le symptôme forment un formidable duo pour « matérialiser » le problème et le dissoudre progressivement. Toutefois, par leur fonctionnement dérangeant, ils ne se présentent pas facilement comme des outils d’aide opportuns et pourtant ! 

Les enfants induisent, dans leurs troubles, des situations exposant les parents à l’élaboration de leurs propres problèmes ! Julia avait le don de s’attirer les foudres injustes des camarades et des professeurs. Curieusement, ce vécu obligeait sa mère à dépasser une de ses principales problématiques: l’affirmation. Son amour pour sa fille et la justice était tellement puissant qu’il constituait le moteur à sa capacité de s’opposer. Julia avait, avec beaucoup de finesse et de créativité, constitué le scénario idéal afin d’entraîner sa mère sur des chemins structurants. Elle avait su mobiliser l’énergie passionnée de sa mère en rassemblant ses forces libidinales essentielles : son amour maternel et son amour de l’éthique.

Cette brève anecdote est représentative d’un grand nombre de prises en charge où l’enfant se présente comme le détonateur nécessaire à l’évolution de tout un système enkysté !

La suite (deuxième partie) la semaine prochaine...

lundi 2 novembre 2015

Vidéo 5 | Retranscription partie 3/3











3° partie de la retranscription texte de la 5e vidéo d'Adeline Gardinier sur les modalités de traitement thérapeutique et phobique de la souffrance.


Un processus phobique à respecter pour ne pas se décourager

L’avancement doit donc se faire très modérément. Plus la problématique est rigide, plus son assouplissement doit être lent. Il faut veiller à ce que le souffrant ne se démotive pas. S’il progresse trop rapidement, il risque de s’arrêter sous l’effet de la haute charge contraignante réactionnelle à cette prise de vitesse. 

Ainsi, j’encourage toujours le consultant à commencer par les exercices d’adaptation les moins coûteux. Ils doivent se confronter à leur phobie d’individuation progressivement. Ils peuvent ainsi modifier certains schémas individuels et relationnels au fil du temps, pratiquant des mises en situations des plus simples au plus compliqués.

Il peut, par exemple, être plus facile d’effectuer dans les débuts d’élaboration un exercice d’affirmation auprès d’un collègue plutôt qu’auprès d’un parent. L’implication est différente.

De même, la pression est largement moins prégnante lorsque le souffrant sait que son évolution doit se faire par paliers progressifs mais aussi régressifs. Il ne se culpabilise plus de ne pouvoir évoluer plus rapidement. Il comprend, au contraire, que la solidité des changements dépend de leur lente intégration. 

Ainsi, le thérapeute encourage le consultant à ne s’exposer qu’une ou deux fois sur dix à sa phobie car la réussite de l’épreuve neuf fois sur dix, dès les premiers temps, serait très défavorable. En effet, elle engendrerait des symptômes d’opposition décourageants. Cette rapide progression ne tarderait pas à s’annihiler sous le poids des forces d’inertie excessivement réveillés.

Une conclusion importante

Pour conclusion, cette approche phobique de la  souffrance, donne des clés majeures dans le traitement. Elle évite bien des biais thérapeutiques puisque elle donne sens à la dimension paradoxale du soin. L’aidant comprend combien il est important de ne pas se presser et de ne pas se confronter en permanence au problème. Cette notion est très difficile à assimiler sans le rapprochement de toute pathologie à une phobie d’individuation. 

Par contre, lorsque le souffrant est éclairé sur ce fait, il accepte plus facilement les chemins décontenançants de la guérison : explosions, régressions, répétitions, inhibition sont des processus naturels retrouvés tout au long de l’évolution. L’avancement n’est pas un chemin linéaire et serein. Il est au contraire synonyme de chaos temporaire et de ralentissements éprouvants. 

Petite anecdote parlante…

Je terminerai donc sur une anecdote illustrant l’importance d’appréhender toute problématique comme une phobie de différenciation.

Jeanne souffrait d’une dépression signifiante depuis quelques mois. Elle présentait des vertiges, des angoisses paralysantes et une addiction à l’alcool. Elle s’était séparée, depuis peu, d’un mari violent et pervers. La pathologie était apparue suite à un mouvement d’affirmation nécessaire vis-à-vis de son compagnon.

En effet, son épuisement physique et psychique l’avaient obligée à réagir. Elle avait alors présenté des comportements agressifs et des attaques de panique signifiantes. Chaque expression d’opposition provoquait des résistances internes très handicapantes.

Ainsi,  sa rébellion était maladroite et intense. Le caractère extrême de sa réponse s’expliquait par la dimension non assumée de ce nouveau comportement. Elle insultait, était très hostile et hystérique. Cette attitude désadaptée portait la charge contraignante d’un élan individuation laborieux. Chaque amorce d’expression protectrice et libératrice engendrait  une culpabilité prégnante. Ce mouvement était coûteux car il n’était pas habituel. Il portait l’excès de ce qui n’est pas encore assimilé. 

Cette réalité structurante et paradoxale devait être également intégrée par le corps soignant afin d’offrir le meilleur cadre d’accompagnement. Ainsi, il était question de contenir mais de ne pas censurer ce temps bruyant. C’était un processus naturel dans la dynamique d’avancement. Il fallait également pouvoir proposer à la patiente des hospitalisations, des espaces ressources, en fait, l’aider à s’éloigner entre deux affirmations éprouvantes. 

L’acceptation du caractère chaotique de cette phase évolutive, l’acceptation des régressions, des résistances, des phases de retrait ou de ralentissement sont ainsi les clés essentielles du traitement de la souffrance.

Pour que cette condition existe, l’aidant doit toujours avoir à l’esprit que derrière toute pathologie, il existe une phobie d’individuation.

Cet éclairage est déterminant car il permet de respecter le rythme de résolution d’un symptôme. 

Avez-vous constaté que l’échec d’un suivi découle de cette transgression des repères spatiaux-temporaux adéquats ? Qu’il s’agisse d’une légère névrose ou d’une lourde psychose, les progrès sont systématiquement constatés lorsque la problématique d’individuation, de résonance plus ou moins grave, est appréhendée dans sa dimension phobique.

Le symptôme donne la zone d’indifférenciation à travailler et la cadence à respecter.
Si le symptôme est abordé dans ce qu’il révèle de la phobie sous-jacente, la manière de le traiter devient alors évidente. Les conditions spatio-temporelles de son démantèlement, ainsi que sa source phobique sont inscrites au cœur de son expression pathogène. Il suffit de le décoder sous un angle systémique et traumatique. 

Je vous laisse ainsi réfléchir à cette vision pertinente mais, malheureusement, peu considérée, à l’heure actuelle, dans nos établissements de santé.

L’évitement phobique de cette approche opérante, dans le milieu médical, ne traduirait-il pas alors les dysfonctionnements des soignants ayant leurs propres symptômes, déniant leur problématique et ne pouvant, de ce fait, avancer favorablement ?

Le sens et la logique du symptôme se répéteraient alors ! Derrière chaque phobie psychique se cacherait un trouble signifiant à travailler ! Patients comme soignants devraient alors s’y atteler ! Je vous laisse méditer sur le sujet…

samedi 24 octobre 2015

Guérir et grandir par le symptôme | Les faux hasards de la systémique
















La représentation positive et utile du symptôme se présente comme l’outil d’une thérapeutique opérante.


Ce second ouvrage écrit par Adeline Gardinier-Salesse met en relief et rend accessible, sous un angle systémique et analytique, la clinique des faux hasards. « Guérir et grandir par le symptôme, les faux hasards de la systémique » pourrait être la maxime prometteuse d’un sujet englué dans les inadaptations de son milieu. La maladie rappelle à l’homme son appartenance à divers systèmes.

S’il ne tient pas suffisamment compte des champs de force qui l’influencent, des symptômes se manifesteront. La vie n’est que mouvement, transformation et force d’avancement. Dans un paradoxe décontenançant, la souffrance s’exprime pour aider le sujet à ne pas s’écarter de cette heureuse réalité ! L’ouvrage met ainsi en relief, au travers de vignettes cliniques variés et détaillées, la fonction constructrice du symptôme. Il approfondit ainsi la thématique principale du premier ouvrage de l'auteur, « Aider le patient à sortir de la crise, le patient est un soignant qui s'ignore ».

Des concepts nouveaux et singuliers sont développés pour approcher plus subtilement l’articulation entre la pathologie et la logique des systèmes : crise graduelle, crise finale, autant de notions clés pour mieux appréhender la cohérence fonctionnelle et structurante du symptôme. Cette perspective ouvre alors d’autres considérations thérapeutiques et existentielles. Beaucoup de phénomènes hasardeux seraient prévisibles !

Cette vision bouscule la manière dont les soignants doivent réfléchir la pertinence de leurs prises en charge : les maux somatiques et psychiques mais aussi les accidents, les désunions amoureuses et les réactions secondaires ne seraient que des pseudo-aléas. Ils viendraient révéler la trajectoire d’un sujet soumis à un déséquilibre croissant dans ses orientations systémiques entre appartenance et individuation. Les « hasards » contraignants seraient également l’indice de fortes résistances aux changements.

Au fil de son développement, la pensée originale de cet ouvrage souligne, dans une grande justesse et clarté, l’essence opérante et libératrice du symptôme !

Editeur : De Boeck Estem
Nombre de pages :  216, broché
Prix : 24 euros TTC

jeudi 22 octobre 2015

Vidéo 5 | Retranscription partie 2/3

















2° partie de la retranscription texte de la 5e vidéo d'Adeline Gardinier sur les modalités de traitement thérapeutique et phobique de la souffrance.


Exercices pratiques de traitement de la phobie

Depuis que cette réalité systémique est mieux intégrée dans ma pratique, il est plus aisé d’approcher et de contenir la souffrance. La situation pathologique est en effet respecter dans ses règles phobiques. Le souffrant est exposé à sa phobie interne comme il serait exposer à une phobie externe.

Si nous rappelons que toute problématique psychique renvoie à une peur de s’éloigner de certains codes dysfonctionnels de ses systèmes, alors il est question de confronter le souffrant à cette phobie subjectivée. Ainsi, des exercices graduels vont être présentés pour travailler ce détachement laborieux à des règles d’appartenance inadaptées.

Le thérapeute aide donc au déconditionnement de dynamique relationnelle précise et au reconditionnement sur un nouveau mode communicationnel. Selon la problématique d’individuation travaillée, l’objet précis d’élaboration sera différent.

Pour exemple, une mère disconfirmée dans son rôle parental par ses aïeux devra travailler sa peur de prendre sa place auprès de ses enfants. Elle sera soumise à une série d’exercices progressifs et modérés afin de s’affirmer auprès des ascendants et des descendants.

Un homme, à la retraite et s’étant surinvesti au travail, devra élaborer sa phobie d’implication dans son espace personnel et son espace de couple. Là encore, L’hyperactivité professionnelle s’est greffée sur un mythe collectif de perfection et donc inadapté.

L’aidant soumettra alors le souffrant à des expositions cadencées autour de nouvelles activités. Ces occupations réuniront alors les conditions de détente que le sujet n’a jamais connues.     Il faudra donc une confrontation lente à ces repères novateurs pour ne pas mobiliser des résistances au changement trop paralysantes.

Une femme violentée par son conjoint devra se dégager de l’emprise. Elle sera alors exposée à des exercices d’autonomisation et de narcissisation. L’objet phobique travaillé sera alors la séparation, l’estime de soi et le sentiment de confiance. Ces fragilités psychiques sont à relier à une passé systémique impactant. Il s’agit donc d’un objet interne à appréhender de la même manière qu’un objet externe.

L’exposition à la phobie de séparation ou d’affirmation sollicite alors des mises en situation concrètes et novatrices. Celles-ci doivent respecter le rythme progressif d’intégration des nouvelles données. Le sujet risque, en effet, de développer des résistances bruyantes s’il est trop rapidement bousculé dans ses codes de vie.

Il pourra alors être prescrit des sorites toute seule, des activités personnelles, des mises en valeur, des moyens pertinents de s’opposer….

Ces trois exemples mettent en relief la manière dont toute problématique trouve ses racines dans un évitement majeur face à des changements nécessaires. Ainsi, le respect du  processus phobique, à l’origine d’une souffrance, est essentiel dans son dénouement. Cette condition engage donc à créer un cadre spécifique d’élaboration. Celui-ci doit, en effet, offrir le rythme répétitif, lent et graduel d’exposition au changement redouté par le souffrant.

Un dialogue interne effaçant tout paradoxe

Fort de ce constat clinique, l’aidant peut alors accompagner de façon pertinente en donnant sens à tout paradoxe thérapeutique déstabilisant.

Ainsi, le thérapeute joue le rôle de la « conscience » pédagogue soutenant « l’inconscient phobique » du souffrant dans une démarche évolutive. Il transmet les règles d’adaptation au patient afin qu’un dialogue interne opérant s’engage entre les deux instances psychiques  de ce même malade. La conscience du sujet guide alors son inconscient phobique dans une dynamique singulière d’avancement.

Pour que le processus soit thérapeutique, il est nécessaire que le patient ait bien intégré certains codes paradoxaux. Il pourra ainsi plus facilement diriger son inconscient traumatisé sur les chemins de la désaliénation. Il va alors lui transmettre certaines conditions ambiguës à accepter afin d’avancer

S’éloigner pour se confronter

La première condition pourrait  s’énoncer ainsi : s’éloigner pour se confronter : Si le souffrant doit nécessairement s’exposer à sa peur d’individuation pour s’en libérer, il faut qu’il le fasse très progressivement.

Ainsi, entre deux temps confrontatifs, il doit pouvoir se ressourcer dans des espaces de non changement. Ces repères connus doivent être largement disponibles dans les débuts d’un remaniement psychique important. En effet, chaque petite réorganisation engendre  des résistances et du bruit signifiant.

Le souffrant est donc épuisé très rapidement dans les premiers temps de l’élaboration. Le cout énergétique, pour contrer les forces régressives, est prégnant. Le consultant a besoin de récupérer en s’éloignant de la source phobique.

Plus il se familiarisera à sa peur d’individuation, au fil des expositions, plus il se conditionnera aux nouveaux repères adaptés et moins il subira les effets angoissants des forces d’opposition.

Toutefois, les débuts du travail d’affirmation nécessitent, paradoxalement, des mises à distances très fréquentes. Souvent, d’ailleurs, les patients témoignent de leur besoin de se réfugier régulièrement au Centre lorsqu’ils sont dans ce temps de crise et de pleine transformation subjective. Ils expliquent qu’ils ont besoin de cette bulle médicale pour récupérer d’un stress individuel et relationnel signifiant depuis qu’ils fonctionnent différemment.

Plus les dynamiques nouvelles d’expression s’installent, moins ce besoin de retrait est nécessaire. Le sujet adhère progressivement à ce cadre de vie différent où l’élément phobique a été intégré.

Ainsi, travailler la souffrance, c’est traiter une phobie d’individuation, c’est donc s’éloigner pour se confronter et c’est aussi ralentir pour avancer.

Ralentir pour avancer

La deuxième condition paradoxale à respecter, dans le travail thérapeutique, est donc d’accepter les régressions nécessaires à la progression.

Chaque petit fléchissement d’une problématique rigide active des forces d’opposition significatives. Le cheminement doit donc se faire très lentement afin de ne pas être paralysé par des résistances trop vives. Chaque progrès entraine des tensions inconfortables.

D’ailleurs, le symptôme contient dans son essence les freins à l’avancement qu’il induit. L’inhibition fait donc partie intégrante des conditions nécessaires à l’évolution. En effet, si le trouble appelle au changement salvateur, sa forte tension assure que cette transformation ne se fasse pas brutalement. L’angoisse, la douleur, le handicap ou le pseudo-accident se rencontrent dans la pathologie pour garantir que l’avancement ne soit pas court-circuité par une adaptation trop brutale.

L’intensité de la force d’opposition est proportionnelle à l’intensité de la force de progression. Ainsi, lorsque le bruit de l’avancement est vif voire dangereux, il faut veiller à ralentir le rythme lorsque c’est possible.

Mais cela ne l’est pas toujours. Je me souviens d’ailleurs d’une dame qui avait été submergée d’angoisses effrayantes lorsque sa cousine avait brutalement évolué comme elle le souhaitait ! Le changement était certes voulu mais il avait mobilisé de fortes défenses régressives de par son caractère subit.


La 3e partie la semaine prochaine...

samedi 10 octobre 2015

Video 5 | Retranscription partie 1/3

















1° partie de la retranscription texte de la 5e vidéo d'Adeline Gardinier sur les modalités de traitement thérapeutique et phobique de la souffrance.


Bonjour, nous nous retrouvons aujourd’hui pour aborder une nouvelle dimension paradoxale du symptôme. Dans les précédentes vidéos, nous avions pu souligner, en effet, les différentes facettes surprenantes et antinomiques du symptôme. Le trouble a été ainsi défini comme thérapeutique, croissant dans les débuts d’avancement et inhérent au sujet généreux.

Dans ce chapitre, il est question de présenter le cadre spatio-temporel adéquat dans la guérison. Bizarrement, il revêt les mêmes dynamiques paradoxales que celles notées jusqu’alors. Ainsi, durant les prescriptions thérapeutiques, l’encouragement à s’éloigner pour se confronter, ralentir pour avancer est fréquemment retrouvé.

Je vous propose d’élaborer ces notions ambiguës afin de les clarifier. Sous l’angle systémique, elles perdent leur caractère flou pour révéler tout leur sens.

Le symptôme révélateur d’un manque d’individuation

Le propre d’une analyse systémique est de se vouloir exhaustive. En effet, il est question d’approcher les différents champs d’influence déterminant le fonctionnement d’un sujet. Dans cet optique, le symptôme apparait systématiquement là où le souffrant n’est pas assez dégagé de certaines croyances dysfonctionnelles de ses groupes.

Le symptôme révèle la reprise par le sujet d’un mythe groupal parasitant. Il ne parvient pas à établir des codes adaptés dans certaines situations. Il est trop collé à certains repères rigides pouvant s’exprimer dans certains de ses systèmes. Des traumas passés sont à l’origine de cet enfermement dans des règles groupales obsolètes.

Le sujet tente de se sécuriser, en vain, dans cette maîtrise de données. Il préserve ainsi des codes figés réunissant, dans leur essence, des protections excessives afin que ne se rejoue pas les douleurs collectives d’antan.

Donc, le symptôme parle d’une histoire systémique douloureuse. Il indique l’endroit où le sujet peine à se départir de la souffrance de ses systèmes. Il présente la tension des inadaptations collectives croissantes.

Si le sujet était suffisamment autonome, il refuserait de reprendre certaines valeurs groupales paralysantes. Il ne reprendrait que celles qui lui parlent pour s’identifier à ses systèmes. Le symptôme dénonce donc une phobie d’individuation. Il est porté par celui qui absorbe le stress non élaboré de son groupe.

Symptôme ou phobie d’individuation ?

Nous pouvons parler de véritable « phobie d’individuation » dans la mesure où le souffrant n’hésite pas à sacrifier sa santé pour être inconditionnellement loyal aux siens.

Ainsi, je peux oser dire que j’ai rencontré des personnes préférant se confronter à la folie, au cancer ou à l’acte suicidaire plutôt que d’avoir à remanier leurs relations à leur entourage !

La pathologie est alors signifiante. Elle condense une tension croissante à force d’évitement de la problématique d’affirmation. Le sujet s’entête à poursuivre les mêmes schémas dysfonctionnels malgré les signaux d’alerte. La peur de s’opposer à son système est plus forte que les pulsions d’autoconservation.

Cas clinique

Pour exemple, Annie avait été une "enfant" docile pendant 45 ans. Elle développait, aujourd’hui, des crises d’angoisses chaque fois qu’elle s’initiait à exprimer son avis auprès de sa mère. Cette nouvelle dynamique relationnelle suscitait, en effet, bien des peurs incontrôlables. Pourtant, l’étouffement de son être l’avait obligé à se révolter.

Toutefois, chaque minime refus, chaque mécontentement et liberté prise à l’endroit de sa mère engendraient des somatisations signifiantes. Le symptôme dénonçait la phobie d’individuation sous-jacente. Sa mère l’avait surinvesti en raison d’une histoire à ses propres parents complexes. Elle avait, en effet, dû répondre à des codes familiaux chaotiques durant son enfance. Dans la négligence et l’hyper-responsabilisation de ses jeunes années, l’histoire systémique avait résonnée.

Annie, sa fille, jouait un rôle de substitut affectif prégnant auprès d’elle. Le trouble révélait encore l’enchevêtrement d’Annie à une problématique groupale non résolue.

La souffrante ne parvenait pas à s’autonomiser psychiquement d’une mère carencée. Ce manque d’affirmation était devenu de plus en plus consistant au fil des années. Son démantèlement ne pouvait alors s’opérer que dans un bruit symptomatique signifiant.

La sévérité du trouble indiquait la rigidité des anciens codes de soumission. Elle traduisait ainsi les forces de résistances consistantes s’opposant à ce mouvement de transformation.

A partir du moment où le symptôme apparaît, il peut en être déduit que la charge d’inadaptation est importante. En effet, par définition, un symptôme condense en son cœur une forte tension.  Là où il y a symptôme, il y a donc rigidité manifeste. Dans cette optique, il est pertinent de traiter le problème en prenant en compte sa composante phobique. Plus schématiquement, on pourrait dire que derrière un symptôme se cache systématiquement une phobie psychique.

La deuxième partie la semaine prochaine...