mercredi 1 juin 2016

Des enfants symptomatiques éveillant leurs parents (Partie 5/8)


L’amour inconditionnel s’exprimant au cœur du symptôme de l’enfant éveillé


Les symptômes de ces êtres éveillés se distinguent, en cela, des symptômes plus ordinairement retrouvés chez les enfants.  Ces petits « instructeurs magiciens » sont plus soucieux des autres que d’eux. Alors que leurs maux symbolisent un amour et une aide inconditionnels pour leur système dysfonctionnel, les maux de l’enfant "ordinaire" traduisent une douleur narcissique et un repli autistique protecteur face à ce même système dysfonctionnel.  

Là où l’enfant "ordinaire" exprime dans ses troubles une désillusion et un retrait relationnel, l’enfant "éveillé" manifeste, dans ce même processus symptomatique, une pleine implication affective et de soutien auprès des siens. 

L’enfant "ordinaire" copie dans ses maux les désadaptations d’un adulte référent qui le fait souffrir. Il devient froid, absent ou insensible comme l’un. Il devient colérique, pervers ou antisocial  comme l’autre. Il reprend alors le modèle déstructurant d’un de ses principaux objets d’attachement. Ainsi,  il développe les mêmes blessures narcissiques et le même handicap relationnel et émotionnel que celui qui a nui à son épanouissement.

L’enfant « ordinaire » parle alors dans ses symptômes de son identification à l’agresseur. Il pointe cet insuffisant amour donné à soi et à l’autre pour réagir et progresser. Il signe l’abandon  de tout espoir d’un bonheur basé sur les vraies valeurs de partage, de confiance et d’amour. L’enfant s’illusionne à penser une existence sensée seulement s’il suit le modèle erroné de celui qui est la cause de ses symptômes ! La force intérieure de l’amour n’est pas suffisamment signifiante pour lutter contre des schémas déstructurants imposés par un système proche.

Chez les petits êtres symptomatiques "éveillés", l’onde d’amour qui les traverse est telle qu’ils sont incapables de se protéger de la souffrance des leurs. Ils développent alors de lourds troubles car ils ne peuvent s’éloigner de la négativité et des dysfonctionnements de leur système. Ils sont alors des réceptacles privilégiés de ce stress groupal. Ils absorbent « l’énergie basse » et sont aussi phagocytés dans leur « énergie positive » par ces systèmes-émetteurs désadaptés. La force de leur amour est telle qu’ils investissent tout leur savoir et leur créativité afin de faire de leurs symptômes une formidable aide pour ceux qui en sont pourtant la cause ! 

Nous sommes donc loin de l’expression du mal-être de nos enfants "ordinaires" dans des défenses rejetantes et excessivement individualisantes.  Ces enfants "éveillés" répondent en effet aux nuisances de leur système par une volonté d’aide signifiante et parfois sacrificielle. Ils n’hésitent pas à saboter leur bonheur pour soutenir leurs proches. Alors que l’enfant "ordinaire" pourra se réfugier dans un comportement indifférent, distant, autistique ou anti-social pour se protéger des blessures narcissiques induites par son système, l'enfant éveillé exprimera, lui, dans ses troubles toute sa proximité et son aide aimante.

Ainsi, il n’est pas rare de croiser dans nos cabinets ces « belles âmes » ayant évolué chaotiquement vers l’âge adulte. Elles peuvent souffrir de graves pathologies telles que des psychoses, des troubles bipolaires, vivre la violence, être sans domicile fixe, être dépendante dangereusement vis-à-vis d’addictions ou de relations. En fait, ces enfants, devenus grands, ont persisté dans leur mission de soutien et d’amour inconditionnels. Malgré les faibles résultats qu’ils ont obtenus parfois dans le déploiement de leurs « symptômes thérapeutiques », ils ont persisté à les maintenir longuement jusqu’à en oublier leur belle essence. De plus en plus affectés narcissiquement par leurs troubles, ils ont développé alors un délire d’auto-dépréciation et de culpabilisation. Ils ont été incapables de quitter la relation pour se protéger tant ils se définissent par leur grande compassion et leur grande fidélité aimante. La seule solution alors, pour supporter une relation insensée dont ils ne peuvent se désengager, est de construire la fausse croyance qu’ils sont responsables de cet échec relationnel !

Ils restent ainsi présents auprès de ceux qu'ils aiment, ne désespérant pas de voir un jour leurs troubles opérer de manière structurante dans leur système dysfonctionnel !

La suite (sixième partie) la semaine prochaine...

mercredi 25 mai 2016

Des enfants symptomatiques éveillant leurs parents (Partie 4/8)


Le symptôme de l’enfant ordinaire et de l’enfant éveillé : quelles différences ?


Dans une famille, il n’est pas systématique de rencontrer « ces pédagogues » en herbe. En effet, ceux-ci représentent une partie mais pas l’ensemble de la jeunesse actuelle ! Ces dernières dizaines d’années, leur nombre aurait augmenté. Il est vrai que les demandes de prise en charge dans les Centres Médico-Psychologiques pour enfants ne cessent de croître !

La majorité des enfants ne développent pas de dysfonctionnements « structurants » lorsque leurs ascendants s’orientent sur le mauvais chemin. Ils restent généralement soit distants et peu impliqués, soit impulsifs et désorganisés alimentant alors la problématique des grands !

Ainsi, tel enfant restera en retrait par rapport aux différends des parents, tel autre pourra en être affecté mais sa souffrance ne fera qu’accentuer le problème. Dans ce cas de figure, les troubles du bambin ne seront pas mis au service du dénouement des fragilités de l’ascendant. Ils seront plutôt le fruit d’un égocentrisme développé suite à des traumas ayant affaibli le narcissisme.

Dans le cas des « enfants symptomatiques éveillés », on observe un phénomène très différent. Il est fascinant de constater la manière dont leurs maux sont, au contraire, de profonds actes altruistes ! Leur forme, leur contenu, leur dynamique et leur rythme d’expression s’intriquent étroitement à la possibilité d’élaboration de la problématique systémique sous-jacente.

Prenons un exemple concret, visualisons la situation d’une mère qui est dans un contrôle excessif de son fonctionnement. Elle ne s’accorde pas de manque, de pause, de faiblesses, d’imperfection, de défaillances bienheureuses et plaisantes ! Bref, elle se crée une vie angoissante perdue dans des schémas cognitifs erronés sur « ce que doit être » le sens de sa vie ! 

La plupart des enfants vont réagir à ce système étouffant en prenant du recul, c’est-à-dire, en s’adaptant au mieux aux demandes parentales sans sacrifier leur espace d’autonomie. Pour cela, ils duperont quelquefois finement le parent pour ne pas répondre aux consignes enfermantes. Toutefois, ils le feront  discrètement afin que le parent ne se rende pas compte de la supercherie. Ainsi, l'adulte ne sera pas amené à être contrarié dans ses règles rigides d’existence. Dans cette situation, notamment, l’enfant pourra faire mine de valider tous les comportements d’hyper maîtrise désadaptés du parent. Pourtant, dans sa dynamique propre, il ne suivra pas son exemple. Il adoptera un plus grand lâcher-prise tout en étant vigilant à ce que cette dynamique ne soit pas trop manifeste aux yeux de la mère.

Dans la majorité des cas encore, pour les enfants moins astucieux, ils souffriront davantage de la problématique du parent car ils ne sauront pas « comment ne pas rentrer en résonance » avec elle. Ils l’alimenteront involontairement. Ils n’adopteront pas de stratégies de « faire-semblant » comme les enfants cités précédemment. Ils accepteront de répondre aux repères disharmonieux de la mère et en complet décalage avec la nature souple et belle de l’humain. Ils seront alors soumis, dans ce cas, à une rigidité parentale lourde à porter conduisant à des actes explosifs. La souffrance juvénile sera la résultante d’une dynamique dysfonctionnelle transmise à la nouvelle génération. Elle dénoncera une problématique narcissique signifiante née des fragilités propres du parent. Le déséquilibre interne sera alors à l’origine de symptômes lourds où l’enfant traduira toute la dynamique égocentrique et insensible que la faille de la mère aura fait naître en lui.

Donc, dans ces deux types de réactions, qu’il s’agisse de fausse acceptation ou de désadaptation acceptée, elles sont les comportements souvent adoptés par les enfants de ce monde. Les « enfants symptomatiques éveillés » présentent des fonctionnements différents. Ils semblent de plus en plus nombreux au vu des observations faites dans nos cabinets thérapeutiques. Ils présentent une générosité, un altruisme, un amour et une créativité telle qu’ils vont s’impliquer étroitement dans la problématique de la mère hyper-contrôlée et hyper-contrôlante. Ils ne vont pas alors jouer « l’indifférence intelligente » (situation 1) ou « la douleur indifférenciée » (situation 2). Ils vont exprimer des maux remplis de sens, d’intérêts, d’engagements et de volonté d’aider.

Par exemple, dans cette situation particulière, ces enfants éveillés vont trouver des stratégies très pertinentes pour confronter la mère à sa problématique erronée de maîtrise et de perfection. Ils vont exposer, graduellement, celle-ci à des obligations de lâcher-prise par des provocations et des débordements dépassant les possibilités de gestion de la mère.

Comment font- ils alors ? Ils peuvent, par exemple, ne pas faire leurs devoirs, être distraits, rêveurs, étourdis, ils peuvent prendre un ton désinvolte face à certains ordres, somatiser à des moments dérangeants pour le parent, déclencher l’imprévu ou l’insécurité, exposer à une intimité déstabilisante, exprimer du manque dans l’agressivité, dans le mal-être ou dans une attitude injuste. Bref, ils ont une grande créativité afin de transformer les situations de la vie quotidienne en parfait champ d’expérimentation et de résolution du « contrôle excessif » de cette mère paralysée !

Dans leur exercice d’exposition, ils sont sensibles à respecter les avancées du parent. En effet, ils reconnaissent et valorisent les progrès. Ainsi, dans cet exemple, l’enfant peut éprouver sa mère en la faisant travailler son déni du manque par le biais de mauvais résultats scolaires. Toutefois, il saura l’encourager dans son évolution dès que cela sera possible. Cet enfant éveillé est très aimant et peu rancunier. Lorsque sa mère répondra à ses « dysfonctionnements structurants » sans maîtrise abusive, celui-ci sera capable de rapidement abandonner ses symptômes. Par ses faibles notes, l’enfant transmet un message essentiel à son parent. Celui-ci ne peut pas tout contrôler. S’il est capable d’intégrer cette réalité sans sombrer dans un comportement excessif d’impuissance ou d’impulsivité alors la situation problématique progresse. La mère peut décider d’être plus vigilante, notamment, à superviser le travail de son enfant. Toutefois, sa capacité à accorder l’autonomie suffisante à son rejeton à l’intérieur de cet espace de surveillance sera une réussite.

L’enfant sera alors disposé à sortir aisément de ses symptômes si le parent répond favorablement à l’utilité thérapeutique de son mal ! Ici, il peut facilement accepter de faire ses devoirs dans sa chambre pendant une heure si sa mère, dans la fermeté de son recadrage, lui laisse la responsabilité  de gérer cet espace personnel. Ainsi, les troubles de l’enfant éveillé manifestent un esprit de générosité. Ils sont mis au service de l’avancement de l’adulte.

La suite (cinquième partie) la semaine prochaine...

lundi 16 mai 2016

Des enfants symptomatiques éveillant leurs parents (Partie 3/8)



Le symptôme révélateur de la dimension angélique des enfants éveillés


Cette approche spirituelle, concernant les enfants de cette nouvelle ère, fait résonance avec les observations systémiques posées en thérapie familiale. Bien sûr, il n’est pas question de définir en ces termes la totalité de la jeune génération. Cependant, dans ma pratique, je rencontre fréquemment ces chérubins doués de ces grandes qualités.

Ce constat est logique car leur nature hypersensible, généreuse et aimante les conduit à assumer leur mission inconsciente d’aide au travers du « symptôme ». En effet, le symptôme, comme nous l’avons longuement vu, est la solution pertinente à un problème relationnel non élaboré consciemment !  Ces enfants ne se souviennent plus de leur essence et de leur but originel. Ils ne peuvent donc opérer cet acte de guidance auprès des leurs volontairement. Ils le font donc « intuitivement » sans réaliser vraiment ce qu’ils font. Le symptôme, expression inconsciente, vient alors révéler la nature « guérisseuse » mais aussi « amnésique » de ces enfants appartenant à un autre monde. 

Cette explication « cosmique », donne alors au thérapeute systémicien des réponses. En effet, combien de fois ai-je été fascinée, mais aussi complètement déstabilisée, par le génie de ces petits créatures « apparemment » ingénues, à trouver des solutions « symptomatiques » pour leur groupe. Il est perturbant de constater, à chaque fois, qu’elles ne semblent pas conscientes de la manière dont leurs maux obligent les adultes à se désaliéner de leur souffrance ! Combien de scènes de vie quotidiennes décortiquées en séance où il est manifeste que l’expression désadaptée de ces enfants est la réponse « adéquate » au problème du système ! Il s’agit de formidables scénarios bruyants mais créateurs d’une justesse structurante dans ses détails et son contenu. L’enfant semble étonnamment découvrir, au même moment que son système, l’utilité et la pertinence absolue de son symptôme.

L’approche métaphysique de ces enfants permet alors de soulever un lourd voile pour sortir de la confusion. Ce regard élargi explique la dimension « oubliée » mais toujours « opérante » de la mission de vie de ces bambins exceptionnels ! Dans la densité de cette troisième dimension, ces êtres « angéliques » ont perdu leur mémoire mais pas leur intention « divine » !

Le symptôme est en effet le révélateur d’un stress groupal condensé à l’endroit d’un de ses membres. Celui-ci se caractérise par sa sensibilité, sa générosité et sa créativité symptomatiques désaliénantes. Souvent, le patient « désigné », dans un système, est un enfant. Ce constat prend alors sens sous cet angle multidimensionnel de l’approche relationnelle.

En tant que thérapeute, il est fréquent mais aussi logique de rencontrer ces enfants dans nos cabinets. En effet, ils intégreraient préférentiellement des systèmes dysfonctionnels en vue de les aider. Leur grande sagesse serait bienvenue dans ces familles moins équilibrées. De plus, ils ont oublié d’où ils viennent et quel est le but salvateur de leur existence. Ils ont donc tendance à discréditer leur fonctionnement même si celui-ci est fortement ancré dans leur programme missionnaire. Par conséquent, leur aide ne peut s’exprimer que dans la complexité d’une situation rigide et dans une dynamique inconsciente. 

Le symptôme est alors l’outil adapté pour répondre à ce cas  de figure ! Il a la force de la contrainte que l’enfant n’a pas lorsqu’il est face à la suprématie des adultes. En effet, le trouble peut induire, par ses règles d’expression, les bonnes dynamiques que l’homme se refuse à prendre volontairement. De même, le symptôme est le langage de l’inconscient dans la mesure où ces petits guérisseurs ne peuvent pas s’exprimer consciemment. Ils ont des difficultés, dans cette lourde densité, à se remémorer leur essence divine et le sens thérapeutique de leur comportement désadapté. 

Ces enfants symptomatiques sont donc souvent les instigateurs de démarches psychothérapeutiques à l’intérieur de leur système. Ils initient ce mouvement structurant par leurs maux dérangeants.

La suite (quatrième partie) la semaine prochaine...