samedi 10 mai 2014

La puissance thérapeutique des narrations paradoxales et systémiques

Retrouvez mon article : « La puissance thérapeutique des narrations paradoxales et systémiques » dans la revue « le journal des psychologues (Adeline Gardinier/Mai 2014).


« En quinze ans, l’échange thérapeutique avec des personnes en situation de crise s’est révélé d’une grande richesse. Il est né de ces rencontres singulières et authentiques une technique d’intervention active pertinente dans ses effets cliniques. « L’interprétation paradoxale » se présente ainsi comme un outil de lecture opérant de l’histoire du souffrant. Les regards systémiques, paradoxaux et analytiques se combinent dans un mouvement synchronique et intégratif afin d’offrir une narration constructive de la problématique rencontrée. La nature de ces entretiens est modelée par le raisonnement systémique. En effet, chaque pan de l’histoire du sujet est réfléchi selon la place que celui-ci tient dans ses systèmes (ou groupes d’appartenances). Les récits proposés au consultant sont alors une restitution du sens à donner à son vécu et à ses symptômes sous l’angle de cette approche contextuelle.»


L’article met en relief une approche constructiviste singulière trouvant sa force et sa résonance dans une logique systémique et paradoxale Quelques techniques d’interventions sont présentées : solidité du cadre, connotation positive du symptôme, position basse du thérapeute, curiosité du détail, humour, provocation, régressions nécessaires, recadrages paradoxaux, récits didactiques, récits miroirs, travail sur les ressources et les compétences et travail de différenciation. La chronique reprend ainsi les idées principales de mon livre « Aider le patient à sortir de la crise » (Editions de Boeck, 2013).

jeudi 1 mai 2014

Crise de nerfs et autres débordements



Retrouvez-moi dans la Revue Santé Mentale d’Avril 2014 : « Crise de nerfs et autres débordements » Adeline Gardinier-Salesse.


Dans cet article, j’invite à réfléchir l’état d’agitation dans sa dimension structurante et individualisante. Il signe le laborieux mais nécessaire élan psychique du sujet afin de se désengager d’une problématique systémique rigide. Diverses vignettes cliniques sont ainsi présentées dans la chronique afin de révéler la nature non péjorative mais au contraire désaliénante du trouble, malgré son caractère bruyant et dangereux.

Un extrait cinématographique met particulièrement bien en relief cette réalité paradoxale. Dans « femme sous influence » de John Cassavetes, le personnage principal Marybel présente des états d’agitation et d’incohérence suite au double message contradictoire de son système familial. Elle est régulièrement invitée à être elle–même mais dès qu’elle énonce son authenticité, elle déchaîne des mouvements de critiques massifs de son entourage. Elle se trouve piégée dans une impossibilité à redéfinir ses fonctions dans son groupe.

Lorsqu’elle tente une échappée de son rôle de « folle », son groupe d’appartenance la somme implicitement de reprendre sa place stigmatisée. Elle est prise dans une demande intenable de changer sans changer. Elle s’éloigne alors des siens pour s’isoler dans le salon. Elle monte sur la table et s’implique dans une gestuelle énigmatique et désintriquée. Elle formule des onomatopées et manifeste des mimiques défensives.

Bref, cette conduite désorganisée rappelle le besoin de rupture et de blocage de la communication avec des proches perçus comme incernables et insécurisants. Dans cette dynamique d’agitation, elle répond également à sa mission systémique et mythique de ne pas déroger à ses fonctions pathologiques à l’intérieur de la famille.

Il est intéressant de noter la manière dont elle rétablit un comportement adapté suite au rituel d’endormissement auprès de ses enfants. L’acceptation inconditionnelle et l’amour temoignés par les petits auprès de leur mère aide celle-ci à retrouver une attitude cohérente. Elle n’est en fait pas soumise aux résistances de ses progénitures quand elle s’affiche dans son authenticité et son désir de sortir d’une place de « timbrée » assignée par sa belle-famille. Elle peut alors se dégager d’un stress intenable. Elle avait, en fait, décompensé suite à la tentative vaine et répétée d’être spontanée avec ses hôtes lors de sa sortie d’hospitalisation.

Le film se termine sur la confusion de cette femme à s’interroger sur ce qui lui « a fait perdre la tête ». Elle est loin d’être consciente de son fonctionnement symptomatique sacrificiel au service de son groupe !

vendredi 11 avril 2014

Les secrets systémiques du symptôme



Le symptôme est le « carburant nécessaire » au démantèlement de désadaptations interactionnelles signifiantes.


Il permet ainsi à l’individu de se libérer de règles systémiques dépersonnalisantes. Le symptôme aide au réajustement harmonieux entre sentiment d’appartenance et sentiment d’individuation. Il livre l’énigme du paradoxe.

C’est la tension particularisant le trouble qui lui donne son essence thérapeutique. Il est imbibé d’une pulsion vitale dans son énergie à faire vaciller des codes relationnels figés. Sa contrainte inhibitrice donne le bon tempo à une adaptation qui doit se faire très modérément. Le changement structurant, dans un contexte rigide, ne peut en effet avoir lieu que s’il se déroule très lentement. La valence handicapante du symptôme offre le rythme adéquat au déroulement d’une transformation individuelle et systémique délicate mais nécessaire !

Ainsi, nous pourrions finir sur un jeu de mots évocateur : le « symptôme » fait advenir le « saint homme » désaliéné des influences traumatiques de son histoire groupale.